Humeurs

Le livre des mémoires de Pippo Oddo, syndicaliste du monde paysan, militant politique italien et historien sicilien

par | 13 août 2025

Par Philippe San Marco, dépu­té hono­raire à l’Assemblée natio­nale, ancien Professeur asso­cié à l’École nor­male supé­rieure de Paris.

Version italienne/Versione italiana


Le tante vite di un sogno incompiuto Rifessionni autobiografiche Pippo Oddo

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Avec son magni­fique livre Le tante vite di un sogno incom­piu­to. Rifessionni auto­bio­gra­fiche (Navarra Editore), Giuseppe Pippo Oddo nous donne enfin et en majes­té la clé de com­pré­hen­sion d’une œuvre véri­ta­ble­ment ori­gi­nale et celle d’une vie pleine d’engagements. Ou, plus pré­ci­sé­ment, il nous donne enfin les diverses clés de com­pré­hen­sion d’un homme sin­gu­lier dont les facettes sont mul­tiples, bigar­rées, foi­son­nantes, mul­ti­cartes, hési­tantes, contra­riées et par­fois dérou­tantes. Mais le lec­teur décou­vri­ra aus­si imman­qua­ble­ment un fil conduc­teur, un fil rouge bien sûr, qui tient ensemble toute cette vie, toutes ces vies qui portent la marque indé­lé­bile d’une fidé­li­té exem­plaire à un idéal de fra­ter­ni­té humaine et d’émancipation éco­no­mique et sociale.

Comme il arrive sou­vent chez les humains, l’avenir du jeune Pippo vient de loin, d’un pas­sé enfoui dans des géné­ra­tions de petites gens, écra­sés par les éter­nels pré­da­teurs qui, quel que soit le nom qu’on leur donne au tra­vers des siècles, sont tou­jours là, encore et encore, dont on n’arrive à se débar­ras­ser que pour les voir refleu­rir sous une autre forme et avec d’autres noms. Mais ces petites gens, tels des géné­ra­tions de Sisyphe, ne se lassent pas, ne se las­se­ront jamais d’assumer leurs enga­ge­ments, de gar­der l’espoir et la force qu’il insuffle. C’est pour­quoi les liens fami­liaux que Pippo nous décrit avec tant de cha­leur sont si impor­tants et si tou­chants à lire. Ainsi de l’arrière-grand-père gari­bal­dien au père com­mu­niste. Mais aus­si, sur­tout, la mère qui est tou­jours là pour évi­ter ou sinon atté­nuer les souf­frances que les hommes depuis la nuit des temps aiment s’infliger entre eux.

Cela nous vaut, une par­mi tant d’autres, la savou­reuse anec­dote où le tout jeune Pippo, ado­les­cent déjà en guerre contre l’injustice, refuse de payer le billet de l’autocar qui relie Villafrati, le centre du monde, à Palerme, tant que ne sera pas obte­nue la réduc­tion qui était jusque-là accor­dée au voyage en train désor­mais sup­pri­mé. Les cara­bi­niers s’en mêlent, l’autocar est immo­bi­li­sé, l’affaire peut mal se ter­mi­ner mais c’est la mère qui dis­crè­te­ment paye pour son fils et aus­si pour l’ami que Pippo a embar­qué dans cette pre­mière action de résis­tance. On en rira bien sûr mais en res­te­ra pour Pippo dans les registres des Carabiniers qui n’oublient jamais rien et sau­ront s’en sou­ve­nir plus tard, la men­tion d’un « dan­ge­reux socia­liste » qui le sui­vra toute sa vie. Quelques années plus tôt, cela lui aurait valu de graves per­sé­cu­tions de la part des fas­cistes. Mais la République est là main­te­nant et mal­gré toutes ses fai­blesses et ses ambi­guï­tés, elle est issue de la Résistance et de la lutte contre les nazi­fas­cistes. Et jus­te­ment à Villafrati une majo­ri­té a choi­si la République quand le reste de l’ile vou­lait conser­ver la monar­chie pour­tant dis­cré­di­tée. Cela donne natu­rel­le­ment à ses héri­tiers quelques droits mais sur­tout des devoirs.

Il allait donc fal­loir que Pippo assume sa part de cet héri­tage dans l’Italie qui se trans­for­mait tant dans l’après Seconde Guerre Mondiale. Le syn­di­ca­lisme serait à la fois le cadre et l’outil de son action d’homme. Et pas n’importe quel syn­di­ca­lisme : celui des ouvriers agri­coles, les « brac­cian­ti » sur les­quels repose encore la prin­ci­pale force éco­no­mique de l’ile. Ceux qui, après des siècles d’exploitation par l’aristocratie et l’Eglise, l’une et l’autre par­ti­cu­liè­re­ment bor­née et odieuse, venaient enfin à la Libération de rem­por­ter une immense vic­toire avec la natio­na­li­sa­tion des grands domaines et la redis­tri­bu­tion des terres à ceux qui en avaient été dépos­sé­dés de toute éter­ni­té. Bien évi­de­ment leur décep­tion serait à la mesure de leurs espé­rances. Mais en atten­dant, pour être effi­cace, leur révolte contre les nou­velles formes d’exploitation capi­ta­liste devait être orga­ni­sée, ce qui allait être la tâche his­to­rique de leur syndicat.

On ne salue­ra donc jamais assez le cou­rage qu’il aura fal­lu à ces pay­sans sans terre, à ces brac­cian­ti, pour col­lec­ti­ve­ment arri­ver à s’imposer mal­gré un contexte idéo­lo­gique qui, à gauche n’arrivait tou­jours pas à consi­dé­rer les luttes pay­sannes pour autre chose que le rési­du d’un monde appe­lé à dis­pa­raitre. Un com­bat d’arrière-garde que les grands « intel­lec­tuels » vou­laient igno­rer ou, au mieux, regar­daient avec condes­cen­dance : cette pay­san­ne­rie pauvre, asser­vie aux pra­tiques clien­té­listes des notables locaux, tenue d’une main de fer d’un côté par la Démocratie chré­tienne et son relais l’église catho­lique qui ira jusqu’à refu­ser le bap­tême aux enfants des « fortes têtes » com­mu­nistes et socia­listes, et d’un autre côté par la mafia au ser­vice des pre­miers qui ne lais­sait guère de choix entre la sou­mis­sion et la mort.

Au contraire, dans l’époque moderne, les luttes pay­sannes res­taient essen­tielles comme Engels l’avait déjà si bien ana­ly­sé dans son livre La guerre des pay­sans, celle qui eut lieu au début du XVIème siècle au sein du Saint Empire romain ger­ma­nique et que mas­quait la que­relle reli­gieuse entre Catholiques et Protestants mais dont les res­sorts pro­fonds étaient jus­te­ment ceux des rap­ports d’exploitation à la terre. Plus près de nous Carlo Levi avait com­pris lui aus­si l’importance de ces luttes pay­sannes dont il atten­dait beau­coup. Ce qu’il racon­te­ra dans Les mots sont des pierres, mais aus­si dansTout le miel est fini, et dans les textes qu’il ras­sem­ble­ra dans Le mille patrie, livres dans les­quels il ne ces­sait de réflé­chir au pour­quoi, au com­ment de la misère pay­sanne et aux rai­sons de l’échec de la réforme agraire. Comme plus tard ceux de Pippo Oddo, les livres de Carlo Levi n’étaient pas des écrits poli­tiques au sens clas­sique, tra­di­tion­nel et aca­dé­mique du terme mais des por­traits d’hommes et de femmes qui nous livraient aux tra­vers de leurs tour­ments une tra­gé­die. En Sicile, avec ses figures d’émigrés de retour au pays, il nous com­mu­ni­quait les souf­frances et les rêves des habi­tants qui s’arrachaient à leurs terres pour fuir la misère aux­quels s’ajoutaient les images fugaces des ban­dits de grand che­min. C’est à ceux-là que se consa­cre­rait Pippo Oddo sans condes­cen­dance, c’est-à-dire sans l’orgueil aca­dé­mique qui trop sou­vent a rem­pla­cé l’antique orgueil de la noblesse. De même que cer­tains aujourd’hui savent habi­le­ment confondre l’autonomie spé­ciale avec les conces­sions féo­dales, et le pro­grès avec le pillage des ressources.

Mais éga­le­ment on ne salue­ra jamais assez le cou­rage qu’il aura fal­lu pour, indi­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment, résis­ter dans un contexte poli­tique et éco­no­mique déjà pesant au nou­vel acteur créé de toutes pièces quelques décen­nies plus tôt par l’aristocratie ter­rienne sici­lienne en quête de milices pri­vées pour faire régner l’ordre par la ter­reur dans ses immenses domaines. Une mafia agro-pastorale qui, jus­te­ment après la guerre, com­men­ça à s’émanciper pour fina­le­ment s’imposer à ses com­man­di­taires. La liste est longue, et sa lec­ture ter­ri­fiante, de tous ces syn­di­ca­listes, socia­listes et com­mu­nistes, assas­si­nés pour avoir cou­ra­geu­se­ment résis­té à cette nou­velle et sin­gu­lière forme d’oppression prédatrice.

C’est pour­quoi l’engament syn­di­cal et le mili­tan­tisme poli­tique étaient alors intrin­sè­que­ment et inévi­ta­ble­ment liés, indis­so­ciables, comme les faces d’une même médaille. Le livre de Pippo Oddo éclaire ce phé­no­mène d’une lumière vio­lente car l’auteur incarne per­son­nel­le­ment cette dua­li­té, à la dif­fé­rence de ceux qui, appar­te­nant à des cercles pri­vi­lé­giés, peuvent certes par­ler de l’exploitation mais qui le font néces­sai­re­ment de haut, en sur­plomb, ou d’à côté, comme d’un objet d’analyse, exté­rieur à ce qu’ils sont eux-mêmes. Ces intel­lec­tuels aca­dé­miques bar­dés de titres qui ne veulent pas réa­li­ser l’amélioration du sort de l’humanité avec leurs conci­toyens mais par-dessus ceux-ci. Pippo Oddo n’est heu­reu­se­ment pas le seul dans son cas, mais il en est un exemple excep­tion­nel, ayant navi­gué pen­dant des décen­nies, en fait tout au long de sa vie pro­fes­sion­nelle, entre l’univers syn­di­cal et le monde poli­tique. Un obser­va­teur fran­çais est sur­pris par ce mélange des genres tant en France la rup­ture entre les deux a été théo­ri­sée depuis la Charte d’Amiens de 1905.

Mais à la dif­fé­rence du syn­di­ca­lisme, dont l’importante CGIL réus­sît à cana­li­ser le plu­ra­lisme de ses membres, l’engament poli­tique était au même moment contraint par des choix exclu­sifs les uns des autres. Or la dimen­sion liber­ta­rienne ou liber­taire du carac­tère de Pippo Oddo, son refus du sec­ta­risme, de la mise au pas, de la pen­sée unique, vont l’amener à suivre, par­fois péni­ble­ment, les méandres des contra­dic­tions de la vie poli­tique ita­lienne d’après la Seconde Guerre Mondiale. Toujours il le fera en res­tant lui-même, fidèle à lui-même, à ses parents, à ses enga­ge­ments et à son héri­tage au sein du peuple de Villafrati, en accep­tant des évo­lu­tions qui ne seront jamais que des ajus­te­ments néces­saires à la pour­suite de cette fidélité.

C’est donc natu­rel­le­ment qu’il adhère, jeune homme, au Parti Socialiste alors que son père, tant res­pec­té et aimé, milite au Parti com­mu­niste. C’est que, mal­gré la peine ain­si créée, par­ta­gée aus­si bien par le père que par le fils, la fidé­li­té n’implique jamais la sou­mis­sion à laquelle suc­combent, voire se com­plaisent tant d’intellectuels. Ce refus cou­ra­geux du sys­tème créé après-guerre par la tenaille Démocratie chrétienne-Parti com­mu­niste, qui vou­draient occu­per tout l’espace poli­tique ita­lien, don Camillo et Peppone, dit déjà beau­coup de choses du jeune Pippo Oddo. Mais quand le Psi évo­lue trop à droite, pas ques­tion non plus de se sou­mettre. Pippo Oddo ira rejoindre le nou­veau PSIUP. Et c’est là que de manière méta­pho­rique allait s’opérer et s’incarner la tran­si­tion entre les plus anciens tel l’immense Emilio Lussu et les plus jeunes tel Pippo Oddo. Le Sarde et le Sicilien, les hommes des marges, qui savent d’instinct recon­naitre, au-delà des belles phrases men­son­gères, où est leur devoir d’hommes libres et cou­ra­geux. Emilio Lussu qui n’avait de leçons à rece­voir de per­sonne en matière d’antifascisme au temps du fas­cisme, celui qui n’a rien à voir avec à sa pâle pali­no­die, celle de l’antifascisme au temps sans fas­cisme comme il fleu­rit aujourd’hui, celui dont Pasolini et Sciascia avaient déjà démon­tré la per­ver­si­té. Emilio Lussu dont l’arc DC-PCI fera tout pour éclip­ser la belle figure emblé­ma­tique qu’un autre futur était et reste pos­sible dès lors qu’on rejette d’emblée les men­songes arran­gés entre copains-coquins. Bien sur l’aventure du PSIUP ne dure­ra pas mais Pippo en gar­de­ra les 7 cartes annuelles d’adhésion, comme les reliques d’un temps béni. Et puisqu’il fau­dra encore choi­sir pour conti­nuer l’engagement, c’est celui du PCI qui s’imposera, en toute luci­di­té. Jusqu’au jour où, de guerre lasse devant l’inéluctable nau­frage suite à la chute du mur de Berlin, mais sur­tout son­né par l’assassinat d’Aldo Moro avec lequel avait tant misé Berlinguer et qui ne s’en remet­tra pas, le PCI ten­te­ra d’aller au bout de la logique du « com­pro­mis his­to­rique » pour fusion­ner avec la DC. Sauf qu’entre-temps l’histoire avait chan­gé la donne et que tout ceci deve­nait vain. Pippo Oddo pen­drait alors sans faire de bruit ses dis­tances avec le par­ti mais jamais avec ses membres, com­pa­gnons de tant de justes luttes.

C’est alors qu’il déploie­rait une nou­velle facette de sa per­son­na­li­té, celle d’un écri­vain pro­lixe et talen­tueux, minu­tieux et cha­leu­reux, consa­cré tout entier à l’histoire tour­men­tée de la Sicile et des Siciliens. Cette dimen­sion est la plus ori­gi­nale et peut être la plus ingrate de notre per­son­nage, car si le syn­di­ca­liste et le poli­tique évo­luaient cha­cun de leur côté, ils n’étaient par défi­ni­tion jamais seuls. Alors que l’écrivain allait s’enfermer pen­dant des années dans la soli­tude des recherches et de l’écriture. Bien sûr Villafrati serait la source de ce qui allait deve­nir une œuvre monu­men­tale englo­bant toute la Sicile et au-delà. C’est en effet Lo svi­lup­po incompiuto-Villafrati 1596–1960 qui sera comme un galop d’essai aux quatre volumes consa­crés au Mirage de la terre en Sicile. Un tra­vail de plus de dix ans, entre­cou­pé de la publi­ca­tions de mul­tiples récits plus courts, essen­tiel­le­ment des bio­gra­phies de per­son­nages oubliés ou l’histoire de villes ou vil­lages sici­liens revi­si­tée au filtre de l‘expérience non aca­dé­mique, unique, dont est por­teur Pippo Oddo. Le tout, non pas pour s’enfermer dans un pas­sé révo­lu et qui ne revien­dra pas, mais au contraire pour don­ner du sens à l’action des jeunes d’aujourd’hui qui ont besoin de contex­tua­li­ser leurs dif­fi­cul­tés, de les rat­ta­cher à l’histoire natio­nale et inter­na­tio­nale, pour se pro­je­ter dans un futur tout aus­si dif­fi­cile, mais pas plus, que celui dont ils sont les héritiers.

Derrière toutes ces vies, si diverses, si enga­gées, il y avait bien sûr l’homme Pippo Oddo, qui appa­rait enfin dans Le tante vite di un sogno incom­piu­to. Jusque-là, au cours de tant d’années, une vie entière, ce n’est jamais de lui dont il était le porte-parole. Comme son arrière-grand-père gari­bal­dien il n’était qu’un por­ta­ban­die­ra, un porte-drapeau de la cause des pay­sans sans terre. Il ne se met­tait jamais en lumière mais tou­jours fai­sait pri­mer les hommes et les femmes dont il por­tait la cause. De même qu’en poli­tique son acti­vi­té comme ses écrits ne nous donne aucun ren­sei­gne­ment sur ce qu’il était lui, mais uni­que­ment sur une action col­lec­tive qui en dépas­sait les acteurs. Ses Reflessionni auto­bio­gra­fiche vont donc main­te­nant nous per­mettre de com­prendre com­ment une vie d’homme a été tenue, droite, simple et digne, avec son épouse Anna qui par­ta­gea toutes ses aven­tures, ses joies et ses peines, et qui lui don­na un fils quand tous les savants leur avaient annon­cé que ce serait impos­sible. C’est ain­si que ce livre nous per­met d’incarner l’homme et de pou­voir lui rendre l’hommage qu’il mérite. Les Japonais honorent ain­si ceux d’entre eux dont ils consi­dèrent qu’ils ont atteint le sta­tut de tré­sor natio­nal vivant, qui désigne les per­sonnes cer­ti­fiées conser­va­teurs de biens cultu­rels imma­té­riels impor­tants. Car rien n’est plus beau que de prendre conscience que par­mi nous, des gens comme nous, l’un d’entre nous, à force de patience, de téna­ci­té et de tra­vail, a atteint un seuil qui va le dis­tin­guer. Car il témoigne de ce qu’un simple être humain qui pour­rait être notre com­pa­triote, notre voi­sin, notre frère ou notre sœur, ici Pippo Oddo, peut, à sa manière, dans son domaine de com­pé­tence et par son seul témoi­gnage, don­ner un sens à notre vie indi­vi­duelle et col­lec­tive, en ins­cri­vant celles-ci dans une longue tra­di­tion grâce à laquelle pour­ra s’enraciner un futur.

Dans un moment de l’histoire où montent à nou­veau les ténèbres et où les grands pré­da­teurs sont de retour, ceux que les Siciliens connaissent si bien depuis des siècles et savent recon­naitre mieux que qui­conque, ce témoi­gnage de Pippo Oddo est une source d’espoir, une de ces lumières que les vents mau­vais n’éteignent pas.


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Con il suo magni­fi­co libro Le tante vite di un sogno incompiuto-Rifessionni auto­bio­gra­fiche (Navarra Editore), Giuseppe Pippo Oddo ci offre final­mente e maes­to­sa­mente la chiave di let­tu­ra di un’o­pe­ra dav­ve­ro ori­gi­nale e quel­la di una vita pie­na di impe­gni. O, più pre­ci­sa­mente, ci dà final­mente le varie chia­vi di let­tu­ra di un uomo sin­go­lare le cui sfac­cet­ta­ture sono mol­te­pli­ci, varie­gate, abbon­dan­ti, mul­ti­car­diche, esi­tan­ti, contras­tate e tal­vol­ta confuse. Ma il let­tore sco­prirà inevi­ta­bil­mente anche un filo condut­tore, ros­so ovvia­mente, che tiene insieme tut­ta ques­ta vita, tutte queste vite che por­ta­no il segno inde­le­bile di una fedel­tà esem­plare a un ideale di fra­ter­ni­tà uma­na e di eman­ci­pa­zione eco­no­mi­ca e sociale.

Come spes­so accade con gli esse­ri uma­ni, il futu­ro del gio­vane Pippo viene da lon­ta­no, da un pas­sa­to sepol­to da gene­ra­zio­ni di pic­co­li uomi­ni, schiac­cia­ti dagli eter­ni pre­da­to­ri che, qua­lunque nome gli ven­ga dato nel cor­so dei seco­li, sono sempre lì, anco­ra e anco­ra, di cui pos­sia­mo solo libe­rar­ci solo per veder­li rifio­rire in un’al­tra for­ma e con altri nomi. Ma ques­to pic­co­lo popo­lo, come gene­ra­zio­ni di Sisifo, non si stan­ca mai, non si stan­cherà mai di assu­mere i pro­pri impe­gni, di conser­vare la spe­ran­za e la for­za che esso infonde. Ecco per­ché i lega­mi fami­lia­ri che Pippo ci des­crive con tan­to calore sono così impor­tan­ti e così toc­can­ti da leg­gere. È il caso dal bis­non­no gari­bal­di­no al padre comu­nis­ta. Ma anche, soprat­tut­to, la madre che è sempre lì per evi­tare o comunque alle­viare le sof­fe­renze che gli uomi­ni fin dal­la notte dei tem­pi ama­no inflig­ger­si l’un l’altro.

Da qui il sim­pa­ti­co aned­do­to in cui il gio­va­nis­si­mo Pippo, ado­les­cente già in guer­ra contro l’in­gius­ti­zia, si rifiu­ta di pagare il bigliet­to dell’au­to­bus che col­le­ga Villafrati, cen­tro del mon­do, a Palermo, fino a quan­do si ottiene lo scon­to che pri­ma era conces­so al viag­gio in tre­no ora abo­li­to. I cara­bi­nie­ri inter­ven­go­no, l’au­to­bus viene immo­bi­liz­za­to, la vicen­da può finire male, ma è la madre che paga dis­cre­ta­mente per il figlio e anche per l’a­mi­co che Pippo ha intra­pre­so in ques­ta pri­ma azione di resis­ten­za. Certo, ci ride­re­mo sopra, ma per Pippo res­terà nei regis­tri dei Carabinieri, che non dimen­ti­ca­no mai nul­la e lo ricor­de­ran­no più tar­di, la men­zione di un “per­ico­lo­so socia­lis­ta” che lo seguirà per tut­ta la vita. Qualche anno pri­ma, ques­to gli sarebbe val­so una dura per­se­cu­zione da parte dei fas­cis­ti. Ma la Repubblica c’è ora e, nonos­tante tutte le sue debo­lezze e ambi­gui­tà, è il risul­ta­to del­la Resistenza e del­la lot­ta contro i nazi­fas­cis­ti. E a Villafrati la mag­gio­ran­za scelse la Repubblica mentre il res­to dell’i­so­la volle man­te­nere la monar­chia, anche se scre­di­ta­ta. Questo natu­ral­mente confe­risce ai suoi ere­di alcu­ni dirit­ti ma soprat­tut­to doveri.

Era quin­di neces­sa­rio per Pippo assu­mere la sua parte di ques­to patri­mo­nio in Italia, che sta­va cam­bian­do così tan­to nel secon­do dopo­guer­ra. Il sin­da­ca­lis­mo sarebbe sta­to sia il qua­dro che lo stru­men­to del­la sua azione di uomo. E non un sin­da­ca­lis­mo qual­sia­si : quel­lo dei brac­cian­ti, su cui pog­gia anco­ra la prin­ci­pale for­za eco­no­mi­ca dell’i­so­la. Coloro che, dopo seco­li di sfrut­ta­men­to da parte dell’a­ris­to­cra­zia e del­la Chiesa, entram­bi par­ti­co­lar­mente gret­ti e odio­si, ave­va­no final­mente ripor­ta­to un’im­men­sa vit­to­ria alla Liberazione con la nazio­na­liz­za­zione dei lati­fon­di e la ridis­tri­bu­zione del­la ter­ra a colo­ro che ne era­no sta­ti espro­pria­ti per tut­ta l’e­ter­ni­tà. Naturalmente, la loro delu­sione sarebbe sta­ta com­mi­su­ra­ta alle loro spe­ranze. Ma nel frat­tem­po, per essere effi­cace, biso­gna­va orga­niz­zare la loro rivol­ta contro le nuove forme di sfrut­ta­men­to capi­ta­lis­ti­co, che dove­va essere il com­pi­to sto­ri­co del­la loro unione.

Non potre­mo quin­di mai salu­tare abbas­tan­za il corag­gio che ci è volu­to a ques­ti conta­di­ni sen­za ter­ra, a ques­ti brac­cian­ti, per rius­cire col­let­ti­va­mente ad impor­si nonos­tante un contes­to ideo­lo­gi­co che, a sinis­tra, non rius­ci­va anco­ra a consi­de­rare le lotte conta­dine come qual­co­sa di diver­so dal resi­duo di un mon­do des­ti­na­to a scom­pa­rire. Un’azione di retro­guar­dia che i gran­di “intel­let­tua­li” vole­va­no igno­rare o, nel migliore dei casi, guar­dare con condis­cen­den­za : ques­ti pove­ri conta­di­ni, asser­vi­ti alle pra­tiche clien­te­la­ri dei nota­bi­li loca­li, tenu­ti con il pugno di fer­ro da una parte dal­la Democrazia Cristiana e dal­la sua staf­fet­ta, la Chiesa cat­to­li­ca che arrivò a rifiu­tare il bat­te­si­mo ai figli delle “teste for­ti” dei comu­nis­ti e dei socia­lis­ti, e dall’al­tra dal­la mafia al ser­vi­zio dei pri­mi, che las­cia­va poca scel­ta tra la sot­to­mis­sione e la morte.

Al contra­rio, nell’e­po­ca moder­na, le lotte conta­dine rima­se­ro essen­zia­li, come già Engels ave­va ana­liz­za­to così bene nel suo libro La guer­ra dei conta­di­ni, la guer­ra che si svolse all’i­ni­zio del XVI seco­lo all’in­ter­no del Sacro Impero roma­no ger­ma­ni­co e che fu masche­ra­ta dal­la dis­pu­ta reli­gio­sa tra cat­to­li­ci e pro­tes­tan­ti, ma le cui sor­gen­ti pro­fonde furo­no pro­prio quelle dei rap­por­ti di sfrut­ta­men­to con la ter­ra. Più vici­no a casa, anche Carlo Levi ave­va capi­to l’im­por­tan­za di queste lotte conta­dine da cui nutri­va gran­di aspet­ta­tive. Ciò che rac­con­terà in Le parole sono pietre, ma anche in Tutto il miele è fini­to, e nei tes­ti che rac­co­glierà in Le mille patrie, libri in cui non smet­te­va mai di riflet­tere sul per­ché, sul come del­la mise­ria conta­di­na e sui moti­vi del fal­li­men­to del­la rifor­ma agra­ria. Come quel­li di Pippo Oddo in segui­to, i libri di Carlo Levi non era­no scrit­ti poli­ti­ci nel sen­so clas­si­co, tra­di­zio­nale e acca­de­mi­co del ter­mine, ma ritrat­ti di uomi­ni e donne che ci han­no conse­gna­to una tra­ge­dia attra­ver­so i loro tor­men­ti. In Sicilia, con le sue figure di emi­gran­ti di ritor­no, ci ha comu­ni­ca­to le sof­fe­renze e i sogni degli abi­tan­ti che si strap­pa­va­no dalle loro terre per fug­gire dal­la mise­ria, a cui si aggiun­ge­va­no le imma­gi­ni fuga­ci dei ban­di­ti. È a ques­ti che Pippo Oddo si dedi­che­rebbe sen­za condis­cen­den­za, cioè sen­za l’or­go­glio acca­de­mi­co che trop­po spes­so ha sos­ti­tui­to l’an­ti­co orgo­glio del­la nobil­tà. Così come oggi alcu­ni san­no confon­dere abil­mente l’au­to­no­mia spe­ciale con le conces­sio­ni feu­da­li, e il pro­gres­so con il sac­cheg­gio delle risorse.

Ma non si potrà mai salu­tare abbas­tan­za il corag­gio che ci volle per resis­tere, indi­vi­dual­mente e col­let­ti­va­mente, in un contes­to poli­ti­co ed eco­no­mi­co già pesante, al nuo­vo attore crea­to ex novo qualche decen­nio pri­ma dall’a­ris­to­cra­zia ter­rie­ra sici­lia­na alla ricer­ca di mili­zie pri­vate per regnare l’or­dine attra­ver­so il ter­rore nei suoi immen­si domi­ni. Una mafia agro-pastorale che, pro­prio nel dopo­guer­ra, iniziò ad eman­ci­par­si e infine si impose ai suoi spon­sor. L’elenco è lun­go, e la sua let­tu­ra ter­ri­fi­cante, di tut­ti quei sin­da­ca­lis­ti, socia­lis­ti e comu­nis­ti, assas­si­na­ti per aver corag­gio­sa­mente resis­ti­to a ques­ta nuo­va e sin­go­lare for­ma di oppres­sione predatoria.

Ecco per­ché l’im­pe­gno sin­da­cale e l’at­ti­vis­mo poli­ti­co era­no allo­ra intrin­se­ca­mente e inevi­ta­bil­mente lega­ti, ins­cin­di­bi­li, come facce del­la stes­sa meda­glia. Il libro di Pippo Oddo get­ta una luce vio­len­ta su ques­to feno­me­no per­ché l’au­tore incar­na per­so­nal­mente ques­ta dua­li­tà, a dif­fe­ren­za di chi, appar­te­nen­do a cir­co­li pri­vi­le­gia­ti, può cer­ta­mente par­lare di sfrut­ta­men­to ma che neces­sa­ria­mente lo fa dall’al­to, o di lato, come ogget­to di ana­li­si, ester­no a ciò che essi stes­si sono. Questi intel­let­tua­li acca­de­mi­ci con tito­li che non voglio­no miglio­rare la sorte dell’u­ma­ni­tà con i loro concit­ta­di­ni ma al di sopra di loro. Per for­tu­na Pippo Oddo non è l’u­ni­co nel suo caso, ma è un esem­pio ecce­zio­nale, aven­do navi­ga­to per decen­ni, di fat­to nel cor­so del­la sua vita pro­fes­sio­nale, tra il mon­do sin­da­cale e il mon­do poli­ti­co. Un osser­va­tore fran­cese è sor­pre­so da ques­ta com­mis­tione di gene­ri, poi­ché in Francia la rot­tu­ra tra i due è sta­ta teo­riz­za­ta fin dal­la Carta di Amiens del 1905.

Ma a dif­fe­ren­za del sin­da­ca­lis­mo, la cui impor­tante Cgil è rius­ci­ta a vei­co­lare il plu­ra­lis­mo dei suoi mem­bri, l’im­pe­gno poli­ti­co è sta­to allo stes­so tem­po vin­co­la­to dalle scelte esclu­sive degli altri. Tuttavia, la dimen­sione liber­ta­ria­na o liber­ta­ria del carat­tere di Pippo Oddo, il suo rifiu­to del set­ta­ris­mo, del pen­sie­ro uni­co, lo por­ta­ro­no a seguire, a volte dolo­ro­sa­mente, i mean­dri delle contrad­di­zio­ni del­la vita poli­ti­ca ita­lia­na del secon­do dopo­guer­ra. Lo farà sempre rima­nen­do se stes­so, fedele a se stes­so, ai suoi geni­to­ri, ai suoi impe­gni e alla sua ere­di­tà tra la gente di Villafrati, accet­tan­do evo­lu­zio­ni che non saran­no mai più che neces­sa­ri aggius­ta­men­ti al per­se­gui­men­to di ques­ta fedeltà.

Era quin­di natu­rale che si iscri­vesse al Partito Socialista da gio­vane, mentre suo padre, così ris­pet­ta­to e ama­to, era un atti­vis­ta del Partito Comunista. Questo per­ché, nonos­tante il dolore così crea­to, condi­vi­so da padre e figlio, la fedel­tà non impli­ca mai la sot­to­mis­sione a cui tan­ti intel­let­tua­li soc­com­bo­no o addi­rit­tu­ra si com­pia­ce­no. Questo corag­gio­so rifiu­to del sis­te­ma crea­to nel dopo­guer­ra dalle tena­glie del­la Democrazia Cristiana-Partito Comunista, che vor­reb­be­ro occu­pare l’in­te­ro spa­zio poli­ti­co ita­lia­no, Don Camillo e Peppone, la dice lun­ga già sul gio­vane Pippo Oddo. Ma quan­do il PSI si evolve trop­po a des­tra, non c’è nem­me­no ques­tione di sot­to­met­ter­si. Pippo Oddo entrerà a far parte del nuo­vo PSIUP. Ed è lì che, meta­fo­ri­ca­mente, avverrà e si incar­nerà il pas­sag­gio tra i più anzia­ni, come il grande Emilio Lussu, e i più gio­va­ni, come Pippo Oddo. Il Sardo e il Siciliano, gli uomi­ni di mar­gine, che istin­ti­va­mente san­no rico­nos­cere, al di là delle belle fra­si men­zo­gnere, dove sta il loro dovere di uomi­ni libe­ri e corag­gio­si. Emilio Lussu che non ave­va lezio­ni da pren­dere da nes­su­no in mate­ria di anti­fas­cis­mo al tem­po del fas­cis­mo, quel­lo che non ha nul­la a che vedere con la sua pal­li­da pali­no­dia, quel­lo dell’an­ti­fas­cis­mo nel tem­po sen­za fas­cis­mo come fio­risce oggi, quel­lo di cui Pasolini e Sciascia ave­va­no già dimos­tra­to la per­ver­si­tà. Emilio Lusu, il cui arco nar­ra­ti­vo DC-PCI farà di tut­to per eclis­sare la bel­la figu­ra emble­ma­ti­ca secon­do cui un altro futu­ro era e rimane pos­si­bile, a pat­to che si rifiu­ti­no a prio­ri le men­zogne orga­niz­zate tra ami­ci mali­zio­si. Certo, l’av­ven­tu­ra del PSIUP non durerà ma Pippo conser­verà le 7 tes­sere asso­cia­tive annua­li, come le reli­quie di un tem­po bene­det­to. E poi­ché biso­gnerà anco­ra sce­gliere di pro­se­guire l’im­pe­gno, è quel­lo del PCI che pre­varrà, in tut­ta luci­di­tà. Fino al gior­no in cui, stan­co dell’i­ne­vi­ta­bile nau­fra­gio segui­to alla cadu­ta del muro di Berlino, ma soprat­tut­to stor­di­to dall’as­sas­si­nio di Aldo Moro, con cui Berlinguer ave­va tan­to scom­mes­so qui non si ripren­derà, il PCI cercò di andare fino in fon­do alla logi­ca del “com­pro­mes­so sto­ri­co” per fon­der­si con la DC. Solo che nel frat­tem­po la sto­ria ave­va cam­bia­to la situa­zione e tut­to ques­to sta­va diven­tan­do vano. Pippo Oddo avrebbe pre­so silen­zio­sa­mente le dis­tanze dal par­ti­to ma mai dai suoi mem­bri, com­pa­gni di tante giuste lotte.

Fu allo­ra che avrebbe dis­pie­ga­to un nuo­vo aspet­to del­la sua per­so­na­li­tà, quel­lo di scrit­tore pro­li­fi­co e talen­tuo­so, meti­co­lo­so e calo­ro­so, dedi­to inter­amente alla tor­men­ta­ta sto­ria del­la Sicilia e dei Siciliani. Questa dimen­sione è la più ori­gi­nale e forse la più ingra­ta del nos­tro carat­tere, per­ché se il sin­da­ca­lis­ta e il poli­ti­co si sono evo­lu­ti cias­cu­no per conto pro­prio, per defi­ni­zione non sono mai sta­ti soli. Mentre lo scrit­tore si sarebbe rin­chiu­so per anni nel­la soli­tu­dine del­la ricer­ca e del­la scrit­tu­ra. Certo, Villafrati sarebbe sta­ta la fonte di quel­la che sarebbe diven­ta­ta un’o­pe­ra monu­men­tale che avrebbe abbrac­cia­to tut­ta la Sicilia e non solo. Si trat­ta infat­ti di Lo svi­lup­po incompiuto-Villafrati 1596–1960 che sarà come un ban­co di pro­va per i quat­tro volu­mi dedi­ca­ti al Miraggio del­la Terra in Sicilia. Un lavo­ro di oltre die­ci anni, inter­val­la­to dal­la pub­bli­ca­zione di mol­ti rac­con­ti più bre­vi, per lo più bio­gra­fie di per­so­nag­gi dimen­ti­ca­ti o la sto­ria di cit­tà o bor­ghi sici­lia­ni rivi­si­ta­ti attra­ver­so il fil­tro dell’es­pe­rien­za uni­ca, non acca­de­mi­ca, di cui Pippo Oddo è por­ta­tore. Tutto ques­to, non per rin­chiu­der­si in un pas­sa­to pas­sa­to che non tor­nerà, ma al contra­rio per dare sen­so all’a­zione dei gio­va­ni di oggi che han­no biso­gno di contes­tua­liz­zare le loro dif­fi­col­tà, di legarle alla sto­ria nazio­nale e inter­na­zio­nale, di proiet­tar­si in un futu­ro altret­tan­to dif­fi­cile, ma non di più, di quel­lo di cui sono eredi.

Dietro tutte queste vite, così diverse, così impe­gnate, c’e­ra natu­ral­mente l’uo­mo Pippo Oddo, che final­mente appare in Le tante vite di un sogno incom­piu­to. Fino ad allo­ra, nel cor­so di tan­ti anni, di tut­ta una vita, non era mai sta­to di lui il por­ta­voce. Come il bis­non­no gari­bal­di­no, era solo un por­ta­ban­die­ra per la cau­sa dei conta­di­ni sen­za ter­ra. Non si è mai mes­so sot­to i riflet­to­ri, ma ha sempre mes­so al pri­mo posto gli uomi­ni e le donne di cui sos­te­ne­va la cau­sa. Come in poli­ti­ca, la sua atti­vi­tà così come i suoi scrit­ti non ci dan­no alcu­na infor­ma­zione su ciò che è sta­to, ma solo su un’a­zione col­let­ti­va che è anda­ta oltre gli atto­ri. I suoi Reflessionni auto­bio­gra­fi­ci ci per­met­te­ran­no ora di capire come si svol­ge­va la vita di un uomo, ret­ta, sem­plice e digni­to­sa, con la moglie Anna che condi­vi­de­va tutte le sue avven­ture, le sue gioie e i suoi dolo­ri, e che gli diede un figlio quan­do tut­ti gli stu­dio­si ave­va­no det­to loro che sarebbe sta­to impos­si­bile. È così che ques­to libro ci per­mette di incar­nare l’uo­mo e di poter­gli ren­dere il tri­bu­to che merita.

I Giapponesi ono­ra­no così colo­ro tra loro che riten­go­no abbia­no rag­giun­to lo sta­tus di teso­ro nazio­nale vivente, che desi­gna colo­ro che sono cer­ti­fi­ca­ti come conser­va­to­ri di impor­tan­ti beni cultu­ra­li imma­te­ria­li. Perché non c’è niente di più bel­lo che ren­der­si conto che tra noi, gente come noi, uno di noi, a for­za di pazien­za, tena­cia e lavo­ro, ha rag­giun­to una soglia che ci dis­tin­guerà. Perché tes­ti­mo­nia il fat­to che un sem­plice essere uma­no che potrebbe essere il nos­tro conna­zio­nale, il nos­tro pros­si­mo, il nos­tro fra­tel­lo o la nos­tra sorel­la, in ques­to caso Pippo Oddo, può, a modo suo, nel suo cam­po di com­pe­ten­za e con la sua stes­sa tes­ti­mo­nian­za, dare sen­so alla nos­tra vita indi­vi­duale e col­let­ti­va, ins­cri­ven­dole in una lun­ga tra­di­zione all’in­ter­no del­la quale si può radi­care un futuro.

In un momen­to sto­ri­co in cui le tenebre stan­no risa­len­do e sono tor­na­ti i gran­di pre­da­to­ri, quel­li che i Siciliani conos­co­no così bene da seco­li e rico­nos­co­no meglio di chiunque altro, ques­ta tes­ti­mo­nian­za di Pippo Oddo è fonte di spe­ran­za, una di quelle luci che i ven­ti cat­ti­vi non spengono.