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Les étoiles dansaient dans un ciel obscur

par | 1 septembre 2009 | Nouvelles

Les étoiles dan­saient dans un ciel obs­cur. Peu à peu Paul repre­nait conscience. La mer avait ber­cé son som­meil et c’est ce ber­ce­ment même qui sem­blait se pour­suivre main­te­nant que ses yeux s’étaient ouverts. Immobile sur la cou­chette Paul regar­dait devant lui. Au-dessus de sa tête, le cock­pit était res­té béant et le mou­ve­ment du bateau entraî­nait son champ de vision dans un tan­gage cos­mique qui le fascinait.

Paul aimait ces moments fur­tifs qui ampli­fiaient son sen­ti­ment d’humilité de la vie humaine. À terre, il ne man­quait jamais de regar­der le ciel la nuit. Mais là c’était beau­coup plus fort. Les repères les plus ras­su­rants étaient pris d’une sorte de folie. Impossible de faire le point dans ces condi­tions. Comme il n’y avait pas lieu de le faire, cette pers­pec­tive était seule­ment un jeu. Il n’empêche, dans l’instant il sen­tait bien que c’était lui le jouet.

Le mouillage grin­çait sour­de­ment avec une régu­la­ri­té ras­su­rante. Là où il était, il savait qu’il ne ris­quait rien. La carte fai­sait bien appa­raître la qua­li­té de ce refuge. Mais il était arri­vé bien après le cou­cher du soleil et il avait fait confiance aux ins­truc­tions nau­tiques sans pou­voir dis­cer­ner le moindre relief autour de lui. Il n’avait donc qu’une per­cep­tion abs­traite du pay­sage qui l’entourait. C’était suf­fi­sant pour qu’il ne puisse res­ter cou­ché plus longtemps.

Il se redres­sa avec pré­cau­tion, se déga­gea du duvet et se leva. L’obscurité lui impo­sait encore de se dépla­cer pru­dem­ment. Il s’agrippa fer­me­ment aux bords de l’échelle et grim­pa quelques marches pour que sa tête sorte de l’intérieur du bateau. On ne pou­vait tou­jours rien dis­tin­guer, à peine vers l’avant, la masse plus sombre de la col­line qui le pro­té­geait du vent. Aucune lumière, aucun feu, le rivage ne se décou­pait pas et il ne pou­vait pas entendre le bruit du res­sac. Peut-être avait-il mouillé plus au large qu’il ne l’avait pen­sé. Il s’était fié essen­tiel­le­ment aux lignes de fond qui seules lui avaient ser­vi de guide pour arri­ver jusque-
là. La pru­dence avait dû lui faire gar­der une bonne marge de sécu­ri­té. Il res­pi­ra plei­ne­ment, véri­fia du regard si chaque chose sur le pont était bien à sa place et redes­cen­dit se coucher.

Bien sûr le som­meil ne reve­nait pas. En mer c’était comme cela et il fal­lait se sou­mettre à ces rythmes dif­fé­rents sans s’énerver. De toutes façons, comme à terre, cela ne ser­vait à rien mais sur­tout c’était bon de lais­ser ain­si se cas­ser les rou­tines les plus quo­ti­diennes et de s’abandonner à d’autres tem­pos impo­sés par la nature et la sécu­ri­té du bateau.

Paul res­tait allon­gé et lais­sait son esprit vaga­bon­der. Pourquoi était-il repar­ti ? Pourquoi avait-il fina­le­ment accep­té cette mis­sion ? Et pour­quoi tou­jours se repo­ser les mêmes ques­tions ? Il savait que reve­nir sur le pas­sé ne l’avait jamais mené bien loin au contraire. Il était là et devait se concen­trer sur les tâches concrètes qu’il avait à accom­plir dans les heures à venir. Mais jus­te­ment il n’avait rien d’autre à faire qu’attendre l’aube. Alors imman­qua­ble­ment le film repre­nait, celui des échecs, des dés­illu­sions, des décep­tions et des pertes défi­ni­tives. Ce devait être cela le signe de l’âge et de la fatigue. Autrefois, quand il fon­çait tête bais­sée dans toutes sortes d’aventures incroyables, il n’avait jamais son­gé à rien. Les cer­ti­tudes étaient là et le temps était devant lui. Le doute n’existait pas mais pas non plus la saveur des vic­toires ni la dou­ceur de l’amour. Aujourd’hui c’était dif­fé­rent. L’avenir n’avait pas de conte­nu. C’était comme si le grand fleuve qui l’avait por­té et empor­té pen­dant tant d’années l’avait reje­té bru­ta­le­ment sur une rive incon­nue et sur laquelle il ne savait pas quoi faire. Inévitablement il avait d’abord com­men­cé à cher­cher ses repères dans son pas­sé. Mais il devint peu à peu évident que cela ne le menait à rien. Il fal­lait même au contraire se débar­ras­ser du pas­sé, en tout cas ne pas le res­sas­ser : c’était la condi­tion et le secret d’une nou­velle vie. En même temps il décou­vrait l’exigence d’un quo­ti­dien que rien ne venait plus struc­tu­rer. Il n’était plus un acteur actif au sein d’une troupe recon­nue. Il n’avait plus de res­pon­sa­bi­li­tés col­lec­tives géné­ra­trices d’identification sociale. Il n’avait plus de rôle à assu­mer pour les autres. Il n’avait plus qu’à pen­ser à lui. Cela avait été extrê­me­ment désta­bi­li­sant, mais comme il avait accep­té ce nou­vel état des choses, il ne s’était pas cas­sé. Finalement cela n’avait rien eu de désa­gréable même s’il avait fal­lu pro­fon­dé­ment modi­fier son sys­tème de valeurs. Cette muta­tion s’était opé­rée en lui avec bon­heur mon­trant ain­si que sous la cara­pace avait exis­té et résis­té une âme libre. Désormais il en arri­vait tou­jours à ce regard un peu dis­tan­cié sur lui même qui lui per­met­tait à la fois de s’accepter avec indul­gence, de rela­ti­vi­ser les échecs et les suc­cès mais qui sur­tout lui per­met­tait d’apprécier chaque minute qui pas­sait. Peut-être qu’il n’avait plus d’avenir comme ces mots pom­peux avaient eu un sens autre­fois. Mais il vivait le pré­sent avec ten­dresse et humour.

C’est pour cela qu’il avait accep­té cette mis­sion. Car il n’avait nul­le­ment besoin de s’exposer ain­si. Il n’en avait même pas vrai­ment l’envie. Ces plai­sirs liés aux défis rele­vés et aux dif­fi­cul­tés sur­mon­tées, il les avait autre­fois vécus inten­sé­ment, pas­sion­né­ment. Aujourd’hui il en était tota­le­ment dés­in­toxi­qué. C’est seule­ment l’amour de la vie pour elle-même qui l’avait fait s’en­ga­ger à nou­veau. Loin de toute amer­tume, il consi­dé­rait la liber­té qui était désor­mais la sienne comme un grand pri­vi­lège dont il avait la ferme inten­tion de jouir pleinement.

C’est alors qu’il prit conscience que quelqu’un tapait contre la coque. Paul bon­dit sur la cou­chette. Les coups étaient régu­liers mais ce n’était pas le signal conve­nu. Il avait dû s’assoupir car la lumière du jour était là, pâle mais suf­fi­sante. Que s’était-il pas­sé qui lui aurait échap­pé ? Il allait devoir sor­tir de la cabine sans savoir s’il devait affron­ter un dan­ger ni même quel visage se com­po­ser. Au pied de l’échelle, sous la table à carte, était ran­gé dans son étui le revol­ver que le pro­prié­taire du bateau avait tenu à lui confier. Paul se leva sans bruit, se dres­sa len­te­ment et mon­ta sur la pre­mière marche. Cela lui suf­fi­sait pour voir l’arrière du bateau sans s’exposer davan­tage. Personne. Il reprit sa res­pi­ra­tion, mon­ta sur la deuxième marche et se retour­na. Personne sur le pont avant. Il pou­vait main­te­nant aper­ce­voir le rivage sur lequel n’apparaissait aucune trace humaine. Les coups contre la coque conti­nuaient et il était clair désor­mais qu’ils venaient de l’avant du bateau. Paul sor­tit, se glis­sa le long du pont jusqu’au bal­con et se pen­cha à la ver­ti­cale. Suspendu au mouillage un enfant le regar­dait avec de grands yeux rieurs. Paul lui dit bon­jour et l’enfant lui répon­dit lon­gue­ment dans une langue qu’il igno­rait. Paul sou­rit et lui fit signe de rejoindre l’arrière du bateau d’où il savait qu’il pour­rait plus faci­le­ment l’aider à mon­ter à bord. L’enfant nagea rapi­de­ment et dès qu’il le put se sai­sit de la main que Paul lui ten­dait. C’était un tout jeune garçon.

La pré­sence de cet enfant trou­blait Paul. Des images se bous­cu­laient dans sa tête et des sen­ti­ments confus étrei­gnaient son coeur. Sa propre enfance lui reve­nait en flashs sac­ca­dés et plus lan­ci­nante encore remon­tait en lui la pen­sée de ses propres enfants. Ou étaient-ils à pré­sent ? Quelle était cette civi­li­sa­tion qui sépa­rait ain­si les familles ? Bien sûr il fal­lait qu’ils s’émancipent et qu’ils s’affrontent direc­te­ment à la vie. Cela Paul l’avait tou­jours pen­sé et anti­ci­pé. C’était son rôle de père de les aider à sor­tir du nid de l’enfance. Mais désor­mais il s’agissait d’autre chose. Qu’étaient deve­nus les pères ? On avait peu à peu assis­té, sans que per­sonne ne le décide jamais, à la confu­sion de ce repère. Les papa-poule avaient accep­té que l’adolescence de leurs enfants, pro­té­gée mais libé­rée, se pro­longe d’une bonne dizaine d’années. Puis le cha­cun pour-soi qui impré­gnait désor­mais toute la socié­té impo­sait un iso­le­ment rom­pu épi­so­di­que­ment et super­fi­ciel­le­ment par le télé­phone. Paul avait beau par­ta­ger l’essentiel de ce qui avait heu­reu­se­ment rééqui­li­bré les rap­ports entre les hommes et les femmes, il res­sen­tait là un sen­ti­ment d’injustice et de gra­vi­té. Quelque chose de faux s’était glis­sé dans la démarche dont tous allaient souffrir.

Les rires du jeune gar­çon rame­nèrent Paul à une réa­li­té plus immé­dia­te­ment pré­oc­cu­pante. Il devait réagir et vite. Le bateau n’était plus pro­té­gé par l’obscurité de la nuit. Il devait s’éloigner de toute urgence. Mais que faire de cet enfant venu à lui avec tant de confiance ? Il ne pou­vait lui deman­der les rai­sons de sa pré­sence, ni lui expli­quer la néces­si­té de par­tir. Il ne pou­vait pas non plus le jeter par-dessus bord pour le contraindre à retour­ner à la nage jusqu’au rivage. C’était pour­tant la seule solu­tion rai­son­nable. Mais jus­te­ment Paul n’était désor­mais plus rai­son­nable. Il l’avait été trop long­temps et cela ne l’avait pas épar­gné du mal­heur. Non, il ne pou­vait reje­ter cet enfant et il ne le ferait donc pas, rai­son­nable ou pas. Au demeu­rant cet enfant qu’il ne com­pre­nait pas devait pro­ba­ble­ment savoir lui-même ce qu’il fai­sait à son bord. S’il ne com­pre­nait pas tous les enjeux de la situa­tion, il n’était pas venu là par hasard. Et quand bien même ce serait le cas, le gar­çon plon­ge­rait de lui même en voyant le bateau s’éloigner. Paul his­sa la grand voile, remon­ta le mouillage et pris la direc­tion du large.

La légère brise ther­mique lui per­mit aisé­ment de navi­guer vent arrière sans effort. Le gar­çon était deve­nu silen­cieux et son visage expri­mait main­te­nant une étrange gra­vi­té. De quel chaos venait-il ? De quelles sortes d’horreurs était-il le res­ca­pé ? Et sur­tout pour­quoi sa mère n’était-elle pas là ? Paul se concen­trait sur la navi­ga­tion. Les fonds étaient francs, mais pour res­ter à l’abri de la col­line qui pou­vait éven­tuel­le­ment le pro­té­ger des vues il fal­lait lon­ger une cote de roches sombres. La pru­dence lui inter­di­sait de mettre le moteur en route et il lui fal­lait se méfier d’un cou­rant côtier qui pou­vait à tout moment le faire déri­ver vers le rivage. Le jeune gar­çon, allon­gé dans le fond du cock­pit, s’était endormi.

Paul écou­tait la musique pro­duite par l’écoulement de l’eau le long de la coque. Toutes les inter­ro­ga­tions qui l’avaient assailli durant la nuit s’étaient éva­po­rées. L’action avait chas­sé le doute. Son âme s’était apai­sée : il savait qui il était et ce qu’il fai­sait là. Le pas­sé avait repris sa place, celle de la mémoire néces­saire mais ran­gée der­rière soi, jamais devant. Au fond de lui Paul savait qu’il était heu­reux. Bien sûr le dan­ger mena­çait et demain était bien incer­tain. Mais n’en était-il pas tou­jours ain­si ? N’en serait-il pas tou­jours ain­si ? Bien fou était celui qui se croyait à l’abri. Et bien fou aus­si celui qui se lais­sait enva­hir par l’angoisse. Alors autant se caler dans la séré­ni­té et accep­ter que sans cesse les vagues viennent cha­hu­ter le pré­caire équi­libre de nos vies. Paul avait mis beau­coup de temps et reçu beau­coup de coups avant de com­prendre cela. Il avait d’abord cher­ché à maî­tri­ser le cours de sa vie. Puis il avait dû s’arc-bouter pour sur­vivre. Et enfin, quand il s’y atten­dait le moins, l’amour d’une femme était venu apai­ser ses bles­sures et redon­ner du sens à son exis­tence. Désormais il savait qu’il n’était plus seul.

Qu’était-il arri­vé à la mère de l’enfant ? Paul repen­sait à cette femme qu’il avait à peine aper­çue dix ans aupa­ra­vant à l’occasion du mariage de son ami Hannu dont elle était la soeur cadette. C’était à l’époque une toute jeune femme déjà fian­cée à un homme mûr qui n’était pas venu à la céré­mo­nie à laquelle pour­tant tout le vil­lage avait été convié. Une sorte de mys­tère entou­rait cet indi­vi­du. Hannu avait rapi­de­ment évo­qué son absence en bais­sant la voix et en regar­dant autour de lui. Au milieu de la fête, Paul n’y avait pas accor­dé d’importance. Mais aujourd’hui il se rap­pe­lait par­fai­te­ment le malaise qu’avait entraî­né la seule évo­ca­tion du nom de cet homme. C’était ce nom qui plus tard serait asso­cié aux pires mas­sacres qui furent per­pé­trés dans ce pays. La jeune femme avait dû l’épouser et Paul n’en avait plus enten­du par­ler jusqu’à ce que lui par­vienne le mes­sage de Hannu le sup­pliant de sau­ver sa soeur et son neveu. Il n’avait pas pu répondre à cet appel sou­dain et sans expli­ca­tions. La lettre avait sui­vi un étrange périple qui le ren­dait dubi­ta­tif. Et puis des réfu­giés étaient venus le voir lui appor­tant chaque fois des infor­ma­tions plus inquié­tantes. Finalement Hannu était arri­vé un jour déses­pé­ré et bles­sé. Là-bas c’était l’horreur. Pire que ce qu’on en savait à l’extérieur. L’Etat avait dis­pa­ru. Non pas que cela ait jamais été un pays sym­pa­thique. La police y avait tou­jours été toute puis­sante et l’arbitraire était le lot quo­ti­dien d’un peuple entier. La guerre froide avait ser­vi, là comme ailleurs, de cou­ver­ture à un régime cynique, tota­le­ment igno­rant du bien public, assas­sin lorsqu’il le fal­lait, cor­rom­pu par nature. Des voleurs dra­pés dans la digni­té outra­gée de ceux qui don­naient des leçons au monde entier. Socialisme, tiers-mondisme, peuples frères, guerres de libé­ra­tion natio­nale, Paul en avait eu la nau­sée. Chaque mot avait été vidé de son conte­nu. Tout avait été souillé. Mais main­te­nant c’était autre chose. Les masques étaient tom­bés. Les mêmes voyous ne se don­naient plus la peine de l’illusion lyrique avec laquelle ils avaient si bien ber­né ceux qui ne deman­daient qu’à l’être. Ils s’en moquaient. La réa­li­té appa­rais­sait dans sa bru­ta­li­té : un groupe, une bande pillait un pays entier. Son unique objec­tif était de conti­nuer à le faire. Un peuple était aban­don­né, livré à l’anarchie. Seule comp­tait la rapine. En dehors des zones utiles à cette fin, c’était le chaos. D’autres indi­vi­dus avaient natu­rel­le­ment pris la relève de l’Etat dis­pa­ru : les psychopathes.

Hannu avait sup­plié Paul d’organiser l’évacuation de ce qui res­tait de sa famille. Tous les autres avaient été exé­cu­tés. Par qui ? Pourquoi ? Ces ques­tions n’avaient aucun sens pour ceux qui étaient empor­tés dans ce nau­frage col­lec­tif. Il fal­lait sur­vivre coûte que coûte. Paul avait donc accep­té. Parce Que l’amitié était, avec l’amour, une des rares choses qui avaient sur­vé­cu dans son coeur au désordre des idées. Au-delà des argu­ments et des jus­ti­fi­ca­tions, il ne s’agissait pas d’une déci­sion mûre­ment réflé­chie. Il s’agissait du res­pect d’un pacte sacré qu’il fal­lait assu­mer par néces­si­té pour soi même, pour sim­ple­ment pou­voir conti­nuer à se sen­tir vivant. Les bonnes rai­sons de ne rien faire avaient abon­dé au cours de ce siècle. La guerre d’Espagne, Munich, l’Ethiopie, les pro­cès de Prague et d’ailleurs. C’était à vomir. Il n’y avait pas si long­temps, lorsqu’un régime ouver­te­ment mili­taire et poli­cier s’était impo­sé au coeur de l’Europe notre ministre des Affaires Etrangères avait été jusqu’à décla­rer qu’il n’y avait rien à faire “ natu­rel­le­ment ”! Ce natu­rel­le­ment avait eu quelque chose d’obscène. Comme si notre fai­blesse ne suf­fi­sait pas. Comme s’il fal­lait qu’en toutes cir­cons­tances nous puis­sions déci­der sou­ve­rai­ne­ment, nous puis­sions péro­rer, bom­ber le torse, dis­tri­buer les bons et mau­vais points. Au lieu de dire sim­ple­ment notre peine et notre rage de ne pou­voir faire quelque chose d’utile. Non, il fal­lait que l’inacceptable soit décla­ré “ natu­rel ” pour conti­nuer à nous faire croire à nous mêmes que nous étions tou­jours puissants.

Paul avait donc déci­dé d’agir seul ou presque, pour son ami, pour lui. Les bonnes rai­sons de ne rien faire s’imposaient aux Etats, pas aux indi­vi­dus, en tout cas pas à lui qui avait assu­mé tant de choses. Il fal­lait désor­mais qu’il laisse s’exprimer la part de folie qui était en lui et qu’il avait si long­temps bridée.

Hannu avait rap­pe­lé l’emplacement du vil­lage, non loin du rivage. Il disait pou­voir faire pas­ser un mes­sage, un seul. Il suf­fi­sait de don­ner une date. Sa soeur et son neveu seraient à l’endroit conve­nu. Paul écou­tait, il cher­chait à com­prendre aus­si ce que lui disait son coeur et qui n’était pas dit. Les risques à prendre, les dan­gers. Sa res­pon­sa­bi­li­té à l’égard des siens. Il savait qu’il y avait une ligne invi­sible mais abso­lue entre l’exercice de sa propre liber­té et une atti­tude sui­ci­daire. Il arri­vait que cer­tains brouillent les pistes ou se mentent à eux-mêmes. Et par­fois cela pou­vait débou­cher sur des actes dont la signi­fi­ca­tion réelle res­te­rait à tout jamais occul­tée. Il cher­chait à voir clair en lui. Non pas que l’idée du sui­cide lui répugne ou l’effraye. En outre il com­pre­nait qu’on puisse uti­li­ser un pré­texte pour camou­fler le désir de mou­rir. Ce devait être moins dif­fi­cile. Cela pou­vait don­ner un sens, fut-il arti­fi­ciel, à une mort recher­chée. Et les proches pour­raient pro­ba­ble­ment mieux faire le deuil d’un héros, ou d’un acci­den­té, que d’un sui­ci­dé. Toute notre culture refu­sait le sui­cide sans que le ver­nis pro­tec­teur de cette atti­tude ne soit vrai­ment grat­té. Mais Paul ne se sen­tait pas l’envie d’en finir. Il por­tait sa vie sans espoir mais sans drame. Il savait qu’une femme l’aimait vrai­ment et que ses enfants avaient encore besoin de lui. Il ne s’agissait, dans le cas pré­sent, que de l’exercice de sa liber­té d’homme. A prio­ri pas jusqu’à en mourir.

Il fal­lait donc pré­pa­rer l’opération dans cette pers­pec­tive. Ce ne fut pas chose aisée. Les bons esprits étaient nom­breux pour mani­fes­ter et péti­tion­ner. Mais là, après quelques contacts, Paul com­pris qu’il serait seul. Ou plu­tôt qu’il ne pour­rait une nou­velle fois comp­ter que sur son vieux réseau d’amis. Il s’agissait d’hommes et de femmes, pour la plu­part sans aucun lien les uns avec les autres, envers les­quels l’amitié avait résis­té aux nom­breux chocs à laquelle la vie n’avait pas man­qué d’exposer ceux qui assu­maient l’expression de leurs sen­ti­ments. Il fal­lait armer un bateau pour la haute mer, s’assurer une capa­ci­té de navi­ga­tion tota­le­ment auto­nome de six jours, et enfin dis­po­ser d’un relais ami­cal et sûr le plus proche pos­sible de l’objectif.

Armer un navire était chose facile. La Ville ser­vait de port de départ pour de nom­breux convoyages vers les iles chaudes. Des socié­tés de construc­tion de voi­liers y met­taient à l’eau leurs uni­tés des­ti­nées à être imma­tri­cu­lées outre-mer. Un régime fis­cal attrac­tif géné­rait ain­si toute l’année un flux régu­lier de départs pour les­quels des marins étaient recher­chés. Par ailleurs des pro­prié­taires étaient tou­jours heu­reux que leur bateau soit conduit sur leur futur lieu de vacances. Mais dans tous les cas il était plus hon­nête d’informer que quelques jours de navi­ga­tion seraient uti­li­sés pour effec­tuer un détour au tra­vers d’une zone au sein de laquelle la sécu­ri­té n’était plus assu­rée et que ce fait ne devrait pas être signa­lé au bureau du port. La pers­pec­tive d’une aide de ce type était com­pa­tible avec la capa­ci­té d’engagement de cer­tains. Il suf­fi­sait donc de limi­ter la divul­ga­tion de l’information à ceux réel­le­ment sus­cep­tibles d’accepter. Avant même que Paul ne com­mence à contac­ter les pro­prié­taires poten­tiels un ami de longue date se mani­fes­ta et pro­po­sa son navire. Comment avait-il été infor­mé ? Paul ne lui posa pas la ques­tion. C’était un homme d’une soixan­taine d’années qui aimait beau­coup la mer et qu’un can­cer récem­ment détec­té condam­nait à une mort très pro­chaine. Sans doute voulait-il que son vieux trente-trois pieds soit encore utile pour une expé­di­tion dont il ne crai­gnait pas les dan­gers, lui qui ne crai­gnait plus rien. Et puis sans doute aus­si gardait-il la nos­tal­gie de ce pays qui avant de bas­cu­ler dans l’horreur avait sus­ci­té tant d’attachement. Paul avait sou­vent eu l’occasion de ramer avec Marcel, le fils de cet homme. C’était pro­ba­ble­ment comme cela que l’information avait cir­cu­lé. C’est d’ailleurs Marcel qui aida Paul à pré­pa­rer le bateau. Il le fit avec des gestes empreints de gra­vi­té, comme s’il accom­plis­sait ain­si une tâche sacrée qui le situait déjà dans le tra­vail de deuil qu’il s’apprêtait à accomplir.

Six jours d’autonomie de navi­ga­tion était une sécu­ri­té à laquelle Paul tenait. Il pen­sait d’abord suivre la route nor­male des convoyages et faire étape, selon le temps, dans les divers ports qui jalon­naient le par­cours clas­sique. Lorsqu’il serait proche de l’objectif, il quit­te­rait la route des iles et pren­drait un cap droit vers le lieu de ren­contre. Il comp­tait deux jours de navi­ga­tion entre le der­nier port pos­sible et sa des­ti­na­tion. Deux jours pour reve­nir sur la route nor­male. Et éven­tuel­le­ment encore deux jours pour les impré­vus, de la météo ou du bateau.

Disposer d’un relais ami­cal et sûr dans le der­nier port pos­sible se révé­la le plus déli­cat. Paul y tenait pour de nom­breuses rai­sons. D’abord parce qu’il serait néces­saire de contrô­ler le navire avant l’ultime étape. Selon le temps ren­con­tré au cours de la tra­ver­sée, des pièces pou­vaient avoir souf­fert. L’essentiel devait être contrô­lé. En outre l’avitaillement devait alors être fait pour faire face à six jours de navi­ga­tion auto­nome avant de pou­voir à nou­veau mouiller dans un port. Et puisque Hannu ne devait adres­ser qu’un seul mes­sage, c’est de là qu’il fau­drait lui dire de pré­ve­nir sa soeur. Mais sur­tout Paul savait qu’il aurait besoin de se repo­ser. Il savait que ce type de navi­ga­tion était dif­fi­cile pour lui. Non pas tech­ni­que­ment mais phy­si­que­ment. La sagesse lui impo­sait de ne pas entre­prendre la der­nière étape sans avoir récu­pé­ré. Le rap­port à son corps avait été, sans qu’il s’en rende compte alors, le pre­mier signe de la muta­tion inté­rieure qu’il avait opé­rée dans la qua­ran­taine. Ce sen­ti­ment que l’on n’est pas tout puis­sant, que le corps existe, qu’il nous dit des choses et qu’ il valait mieux en tenir compte, le connaître, le res­pec­ter et fina­le­ment en accep­ter les limites. Il se rap­pe­lait qu’un jour, il y avait déjà des années de cela, un méde­cin qu’il avait consul­té pour des pro­blèmes dou­lou­reux mais sans gra­vi­té, s’était ami­ca­le­ment moqué de lui en lui fai­sant remar­quer qu’il sem­blait décou­vrir qu’il avait un corps. Cette remarque ano­dine l’avait pour­tant cho­qué. Parce Que quelque chose avait péné­tré sa cui­rasse. C’était encore l’époque des grandes cer­ti­tudes, des routes droites. Au fond, son corps était une machine à laquelle il n’avait jamais vrai­ment son­gé. Brutalement il devait accep­ter l’humilité, non pas le renon­ce­ment mais le com­pro­mis, l’adaptation. Oui, cela avait été l’amorce de tout ce qu’il allait vivre ensuite.

Peu à peu il avait appris à vivre avec son corps, dans une sorte de dia­logue constant. Il en serait pro­ba­ble­ment ain­si pour le reste de ses jours. Au moins tant qu’il serait valide. Il avait com­pris que plus un seul jour ne pas­se­rait sans qu’un mes­sage ne lui par­vienne qu’il valait mieux ne pas négli­ger. “ À par­tir de quarante-cinq ans, quand on se réveille le matin et qu’on a mal c’est qu’on est vivant ”. Il ne se rap­pe­lait plus ou il avait lu cette phrase mais c’était bien ce qu’il res­sen­tait. Un réglage per­ma­nent s’imposait désor­mais, comme en mer ou il fal­lait sans cesse s’ajuster à des élé­ments plus forts que soi et vis-à-vis des­quels rien n’était jamais acquis.

Mais alors qu’il avait ache­vé cette muta­tion inté­rieure c’est le sens de sa propre vie qu’il avait per­du. C’était deve­nu pour lui une énigme. Il voyait bien ce qu’il avait fait jusque-là. Il voyait aus­si dans le regard des autres qu’elle place était natu­rel­le­ment la sienne. Mais rien de tout cela ne lui par­lait de lui pour le futur. Il en était là désor­mais, ne sachant plus quoi faire de lui. Pour autant si la vie n’avait aucun sens, cela ne la ren­dait pas déri­soire. Simplement il fal­lait accep­ter que le but de chaque jour­née soit fixé chaque matin. L’horizon était le soir même. Évidemment cela n’était pas sans consé­quence sur l’aptitude à se pro­je­ter dans l’avenir. Le han­di­cap en ce domaine était consi­dé­rable. Par contre l’implication dans une action telle que celle qu’impliquait la demande d’Hannu était totale.

Finalement Paul se pré­pa­ra à appa­reiller sans qu’un relais ami­cal soit iden­ti­fié de manière cer­taine lors de la der­nière escale pré­vue. C’est alors que Marcel, le fils du pro­prié­taire du bateau, lui pro­po­sa de l’accompagner jusque-là. Paul accep­ta avec sou­la­ge­ment. Parce que cela l’aiderait consi­dé­ra­ble­ment et aus­si parce qu’il aimait ce com­pa­gnon enthou­siaste par­fois fan­tasque mais tou­jours intel­li­gent et généreux.

Au cours des pre­miers jours la navi­ga­tion fut agréable. La route sui­vie à l’estime ne pré­sen­tait pas de dif­fi­cul­tés majeures. Bien sûr les nuits impo­saient une vigi­lance par­ti­cu­lière en rai­son de la pré­sence de nom­breux pécheurs. L’entente entre les deux hommes était par­faite. Une grande com­mu­nion d’esprit leur per­met­tait d’alterner des conver­sa­tions exal­tées à de pro­fondes rêve­ries silen­cieuses. Un jour Paul enten­dit Marcel appe­ler son père par la radio du bord. C’était à l’occasion de l’anniversaire de celui-ci. Du fond du car­ré mon­taient jusqu’au cock­pit des cris, des hur­le­ments et sur­tout des grands rires. Paul n’entendait pas tout, mais il pou­vait com­prendre l’amour qui liait ces deux-là. Lorsque Marcel le rejoi­gnit Paul l’interrogea sur la gra­vi­té de la mala­die de son père et sur l’opportunité de l’avoir quit­té à ce moment-là. Marcel lui répon­dit sobre­ment que jus­te­ment son départ avait ras­su­ré son père : puisque son fils pre­nait ain­si la mer c’est que la mort n’était pas proche. Marcel, qui savait par­fai­te­ment à quoi s’en tenir, savait aus­si qu’en agis­sant ain­si il allait don­ner à son père quelques jours de séré­ni­té que sa pré­sence angois­sée n’aurait pas per­mis d’acquérir. Ils n’en repar­lèrent plus. C’était là, entre eux, et il fal­lait l’accomplir.

Lorsqu’ils arri­vèrent à l’île qui devait être la der­nière escale avant de retrou­ver la famille d’Hannu, ils mouillèrent dans le petit port dont la confi­gu­ra­tion n’avait pas chan­gé depuis l’Antiquité. C’était un lieu magique dont la beau­té était à la fois ful­gu­rante et douce. Une belle civi­li­sa­tion avait mis plus de vingt siècles pour en façon­ner chaque pli. La petite ville qui s’offrait à leurs yeux était comme un décor de théâtre. Et les habi­tants sem­blaient être bien conscients de cet héri­tage écra­sant qu’ils vivaient cepen­dant dans la bonne humeur et la légè­re­té. Les deux hommes gon­flèrent l’annexe et se ren­dirent à quai. Immédiatement Marcel cher­cha une cabine télé­pho­nique. Paul l’attendait assis sur le petit mur qui bor­dait une des ruelles en sur­plomb du port. Lorsqu’il le vit reve­nir, il l’appela. Marcel leva la tête et dit sim­ple­ment : “ mon père est mort ”. Les deux hommes se tinrent silen­cieu­se­ment dans les bras l’un de l’autre. Puis Marcel se ren­dit direc­te­ment à l’embarquement des navires rapides en direc­tion de l’aéroport le plus proche et par­tit sans un mot. Le che­min de cha­cun s’accomplissait comme il devait l’être.

Paul se retrou­vait à la der­nière escale pré­vue, seul, sans relais ami­cal mais moins fati­gué du fait de la pré­sence jusque-là d’un marin expé­ri­men­té à ses cotés. C’était à par­tir de cette île, quand il aurait déci­dé de manière cer­taine du moment de son pro­chain départ qu’il télé­pho­ne­rait à Hannu afin que celui-ci pré­vienne sa soeur de se tenir prête selon le plan conve­nu. Il déci­da de se repo­ser dans un hôtel calme et de lais­ser un peu de temps s’écouler sans rai­son. C’est alors qu’il fut contac­té par un incon­nu. L’homme, petit, était tota­le­ment chauve. Il s’adressa à Paul en le tutoyant comme s’ils étaient de vieux amis. Par réflexe Paul enchaî­na sur le même ton. Mais il n’arrivait pas à se sou­ve­nir de cet homme. Cela lui arri­vait sou­vent et il s’en accom­mo­dait avec indul­gence. Quelques pro­pos ano­dins lui suf­fi­saient habi­tuel­le­ment pour faire resur­gir d’un recoin de sa mémoire les sou­ve­nirs éva­nouis. Et Paul pou­vait alors rede­ve­nir maître de ses pro­pos sans que son inter­lo­cu­teur ne s’en aper­çoive. Mais là, rien. La panne. Qui était cet homme sur­gi de nulle part mais qui sem­blait bien le connaître voire même qui don­nait l’impression de l’avoir atten­du là ? Paul avait ins­tinc­ti­ve­ment repris une pos­ture inté­rieure défen­sive et méfiante. L’homme lui par­la du navire et l’interrogea sur les condi­tions de sa récente navi­ga­tion. Il sem­blait en savoir plus que ne le lais­saient trans­pa­raître les mots uti­li­sés. Paul sen­tait un poids nou­veau sur ses épaules et un malaise étreindre son coeur. Qu’est ce que cela signi­fiait ? S’agissait-il d’un hasard sans impor­tance ou d’une menace ? Paul se sen­tait en dan­ger et cher­chait à com­prendre et sur­tout à s’échapper de cette situa­tion qu’il ne maî­tri­sait pas. Mais l’homme res­tait là, ami­cal et décon­trac­té, comme si leur ren­contre était nor­male, banale. Et de fait per­sonne ne fai­sait atten­tion à eux. Quelques ins­tants plus tard une femme joviale se joi­gnit à eux, que l’homme pré­sen­ta rapi­de­ment par son pré­nom et qui sem­blait elle aus­si bien connaître Paul et l’évidence de sa pré­sence sur cette île. Paul déci­da de les quit­ter sous n’importe quel pré­texte et de reprendre aus­si­tôt la mer. Mais il lui fal­lait d’abord contac­ter Hannu. Paul se sen­tait oppres­sé, comme pris dans un piège. La femme sem­blait être ori­gi­naire du pays d’Hannu et ce fait ne pou­vait pas être ano­din. Mais la conver­sa­tion se pour­sui­vait et Paul était peu à peu ras­su­ré sans savoir pour­quoi. Un mot par ci, un nom par là témoi­gnaient à l’évidence que cette ren­contre n’était pas for­tuite. Elle pou­vait signi­fier quelque chose que Paul ne com­pre­nait pas mais qui ne lui était pas néces­sai­re­ment hos­tile. Il déci­da donc de voir venir car avec les années il avait com­pris qu’il ne pou­vait pas tout maî­tri­ser et que tou­jours, en toutes cir­cons­tances, il valait mieux accep­ter une part d’imprévu et s’adapter.

Une trop grande volon­té de tout orga­ni­ser et donc de tout pré­voir l’avait dans le pas­sé conduit à de telles impasses qu’il avait dû accep­ter de chan­ger. Pendant long­temps il avait au contraire tenu bon sur ses convic­tions. Il s’était même achar­né pour que les choses se passent comme pré­vu et que les gens se com­portent d’une manière ration­nelle. Et bien sûr avec le temps et les res­pon­sa­bi­li­tés de plus en plus grandes, cette ligne de conduite avait exi­gé de lui une ten­sion crois­sante. Et pour finir cela l’avait réel­le­ment mis en dan­ger. Que s’était-il alors pas­sé ? Extérieurement il était tou­jours là. C’était bien lui. Et pour­tant il était autre. Il était deve­nu un autre. Non pas qu’il ait renié ce qu’il avait été autre­fois. En aucune manière. Mais la vie s’était impo­sée. Et les mul­tiples et sou­vent dou­lou­reux ajus­te­ments qu’il avait été contraint d’opérer pour res­ter vivant avaient peu à peu et sans qu’il ne l’ait jamais pré­mé­di­té, fait émer­ger de l’intérieur de lui-
même une per­sonne nou­velle. C’était donc bien lui. On pour­rait même dire que c’était désor­mais vrai­ment lui tel qu’il appa­rais­sait après que des chocs vio­lents aient bri­sé les défenses à l’abri des­quelles il avait jusque là évo­lué. Il n’avait pas choi­si ses épreuves et nul doute qu’il aurait très bien pu conti­nuer comme avant. Comme autre­fois. Il savait bien alors qui il était, ce qu’il vou­lait, quelle place il sou­hai­tait occu­per dans la société.

Il avait vécu jusque-là son état comme l’appartenance à une sorte de noblesse d’ancien régime. Avec une vive conscience de ses devoirs à l’égard de la socié­té mais éga­le­ment de ses droits natu­rels sur celle-ci. Droit dans ses bottes aurait dit plus tard quelqu’un qui signe­ra par ces mots la vani­té de l’homme gâté.
On com­pren­dra donc sa détresse lorsque les bases mêmes de cet édi­fice chan­ce­lèrent. Ses cartes de navi­ga­tion étaient fausses. En tout cas bien incom­plètes. Il allait lui fal­loir affron­ter l’inconnu. Sans les repères récon­for­tants des puis­sants cadres ins­ti­tu­tion­nels qui avaient si long­temps bor­né son hori­zon. Sans les évi­dences pro­tec­trices de ses divers sta­tuts. Les choses ne se pas­saient plus comme pré­vu. La maî­trise de sa vie lui échap­pait. Il allait bien fal­loir faire face, tra­ver­ser des orages qu’aucune météo n’avait annon­cés et, pour en sor­tir vivant, accep­ter rapi­de­ment de réduire la toile. Le temps des cer­ti­tudes était révo­lu. C’était injuste. Il n’avait pas été pré­pa­ré à cela. Cela ne devait pas lui arri­ver. Pas à lui. Il avait tant de choses à faire pour les autres confor­mé­ment à son rôle social qu’il ne pou­vait pas admettre d’avoir désor­mais à s’occuper de lui. Pour se sau­ver. Il y avait pour lui quelque chose d’indécent à devoir s’occuper de soi. C’était vul­gaire. Et pour­tant, pour ne pas cra­quer, il allait plier et accep­ter les consé­quences de cette nou­velle situa­tion qui s’imposait à lui. Un par un les élé­ments struc­tu­rants de sa per­son­na­li­té, et sans que l’on sache jamais à l’avance lequel, durent subir des muta­tions pro­fondes. Ce pro­ces­sus enclen­ché sous la pres­sion des évé­ne­ments exté­rieurs à sa volon­té allait appa­raître sans fin.

Jusqu’où faudrait-il aller ? L’ancre qui l’avait si long­temps fixé avait rom­pu. Jusqu’où l’amènerait la dérive qui com­men­çait ? Celle-ci sem­blait sans fin. Mais la sur­vie allait pré­ci­sé­ment dépendre de l’acceptation totale de ces bou­le­ver­se­ments par tout son être. Les choses n’allaient pas pou­voir être faites à moi­tié. Le prix à payer pour res­ter vivant serait sans remise. Non seule­ment le com­man­dant de blin­dés allait devoir recon­naître qu’il était immo­bi­li­sé mais il allait devoir sor­tir de son char, s’écarter de celui-ci, rendre tout son arme­ment et accep­ter sa défaite. Cela n’était pas suf­fi­sant. Il allait aus­si fal­loir se désha­biller. Être nu. En se deman­dant ce qu’on allait encore lui demander.

Le sens de ces efforts ne rési­dait donc pas dans la rési­gna­tion mais dans la foi intacte dans la vie. Il fal­lait refu­ser la mort. Et pour cela être prêt à tout. Tant pis pour l’orgueil, tant pis pour l’image, tant pis pour ceux qui ne com­pren­draient pas. Au besoin il allait fal­loir en rajou­ter et anti­ci­per. Rebondir. Être prêt à tout ins­tant à repar­tir, à rebâ­tir. Loin de renon­cer, il s’agissait au contraire d’avoir les sens éveillés, prêts à sai­sir la moindre oppor­tu­ni­té. Il ne s’agissait pas d’une retraite anti­ci­pée mais d’une nou­velle vie, plus authen­tique, moins confor­table, plus exi­geante. Belle.

C’était donc vrai qu’il n’était plus le même. Mais alors qu’il fai­sait face, il avait gar­dé en lui la nos­tal­gie de l’image de lui-même qu’il avait eue autre­fois. Et bien sûr celle-ci était abî­mée. Très abî­mée même. Détruite. Ce que la femme qu’il aimait lui avait alors dit, ou peut être ce qu’il avait enten­du de ses pro­pos parce qu’il l’aimait, avait enclen­ché en lui un lent mou­ve­ment d’ajustement entre ce qu’il était deve­nu et l’image qu’il avait de lui. Il était temps. Il était temps qu’il assume plei­ne­ment ce qu’il était deve­nu. Ce qu’il était. Qu’il com­prenne la véri­té de lui-même au-
delà de la néces­saire adap­ta­tion aux évé­ne­ments. Finalement ceux-ci n’étaient pas des acci­dents. C’est parce qu’il avait vou­lu ou pen­ser nier ce qu’il était que la vie avait frap­pé fort, jusqu’à ce qu’il se rende. Qu’il accepte de s’assumer. De vivre.

Désormais pour conti­nuer la route il fal­lait aller au-delà de la lutte. Il fal­lait se pen­ser dif­fé­rem­ment. Il fal­lait ces­ser de se réfé­rer à une image abî­mée. Reprendre confiance en soi. S’aimer mal­gré les ren­vois mul­tiples de culpa­bi­li­té. Arrêter d’égrener avec délec­ta­tion la liste des vrais échecs et celle des bonnes rai­sons de douter.

Comme dans toute muta­tion, le dan­ger était dans l’excès. Mais mieux valait l’excès que la para­ly­sie. Car au point ou il en était, il ne suf­fi­sait plus de com­battre. Il fal­lait resi­tuer ces per­pé­tuels com­bats dans une autre pers­pec­tive. Sinon il ris­quait l’asphyxie. Alors il allait bou­ger. Ça allait tan­guer. Il ne fal­lait plus comp­ter sur son célèbre sens du devoir pour ne pas bouger.

Oui, le risque était dans l’excès. Oui, il allait prendre des déci­sions rapi­de­ment et éven­tuel­le­ment se trom­per. Oui, il par­le­rait quitte à regret­ter ses pro­pos. Il allait vivre, aimer, pleu­rer. S’écouter. Se faire plai­sir. Être heu­reux. Paradoxalement au milieu des ruines c’est la vie qui avait com­men­cé. @@@@$$$
Paul accep­tait donc de ne pas com­prendre le sens de sa ren­contre avec cet homme et cette femme sans pour autant se sen­tir mena­cé. Les choses pou­vaient se pas­ser dif­fé­rem­ment de ce qu’il avait pré­vu sans que cela ne soit dra­ma­tique, et en tout cas sans que cela ne le remette en cause. Il était heu­reux de ne pas tout maî­tri­ser. Cette sou­plesse inté­rieure, loin de l’exposer à de nou­veaux risques, lui per­met­tait au contraire d’être mieux à l’écoute de ce qui se pas­sait autour de lui. Encore une fois il ne fut pas déçu.

Quand l’homme lui par­la de la Ville, Paul com­pris que cette ren­contre ne devait rien au hasard. Il atten­dit donc que des élé­ments de com­pré­hen­sion lui soient don­nés au tra­vers d’une conver­sa­tion appa­rem­ment décou­sue. Peu à peu le puzzle se mit en place. Bien sûr la femme venait du pays d’Hannu. En fait, elle venait du même vil­lage que lui. Elle aus­si avait par­ti­ci­pé à la fête don­née à l’occasion du mariage de celui-ci. Elle avait donc du voir Paul à cette occa­sion. Elle devait savoir ce qui se pas­sait là-
bas. Elle devait connaître la rai­son de la pré­sence de Paul sur cette île.

Paul accep­ta donc de pour­suivre cet entre­tien chez ce couple qui parais­sait insis­ter pour ne pas res­ter à par­ler sur le quai, là même où ils s’étaient ren­con­trés. En fait il était atten­du et se retrou­va confor­ta­ble­ment ins­tal­lé dans une mai­son amie. En enten­dant, à l’abri des indis­cré­tions, les pro­pos de ces gens et la pro­fon­deur de leur enga­ge­ment, il com­prit peu à peu qu’il avait du être lui-même long­temps sourd à la détresse qui s’exprimait pour­tant presque aux portes de notre pays et que seul le mes­sage d’Hannu l’avait sen­si­bi­li­sé au drame incroyable que vivait tout un peuple. Pourtant il avait l’information glo­bale, il pou­vait même expli­quer les ori­gines du conflit, son dérou­le­ment pos­sible, mais cela res­tait vir­tuel, abs­trait. Sa connais­sance n’avait rien de char­nel, d’humain. Il avait dû ain­si pas­ser à côté de beau­coup de choses essen­tielles. Paul per­ce­vait tout cela avec un peu de mélan­co­lie, mais il l’acceptait désor­mais sans regret, comme une par­tie inté­grante de sa vie, une vie com­po­sée d’une suc­ces­sion de séquences, ou il était donc sans objet de déplo­rer à un moment don­né ce qui avait été le res­sort ou sim­ple­ment un élé­ment d’une période anté­rieure qui avait elle aus­si par­ti­ci­pé à la for­ma­tion de ce qu’il était deve­nu aujourd’hui. C’est peut-être cette capa­ci­té à se regar­der avec tolé­rance qui lui don­nait main­te­nant cette séré­ni­té et lui per­met­tait cette bien­veillance pour les autres. Ce couple était depuis long­temps enga­gé dans une action d’assistance aux réfu­giés qui ten­taient de sor­tir de l’enfer voi­sin. C’est la rai­son pour laquelle ils s’étaient éta­blis sur cette île à par­tir de laquelle ils avaient peu à peu, sans aucune aide de qui­conque, orga­ni­sé un réseau effi­cace. L’arrivée de Paul ne leur avait donc pas échap­pé et la femme ayant recon­nu celui-ci, les rai­sons de sa pré­sence leur avaient paru évi­dentes. La suite n’avait été que la vali­da­tion d’un fort pressentiment.

Paul déci­da d’accepter ce dérou­le­ment impré­vu de son plan. Bien sûr il y avait des risques à faire ain­si confiance. Il éva­lua ceux-ci, consi­dé­ra sa situa­tion et jugea que les signes tan­gibles, les exemples concrets que lui don­nait ce couple, les réfé­rences dont ils pou­vaient témoi­gner dans la Ville elle-même, étaient suf­fi­sants pour inté­grer dans ses pro­jets ces élé­ments nouveaux.

La femme se char­gea donc de faire par­ve­nir le mes­sage pré­pa­ré par Hannu. Il indi­quait que Paul serait à l’endroit conve­nu six jours plus tard ce qui lais­sait à Paul quatre jours pour se reposer.

Les choses étant main­te­nant arrê­tées, il pou­vait s’abandonner, se relâ­cher. Advienne que pour­ra. Il était en paix. Cette petite île loin de tout et sur­tout igno­rée des tou­ristes lui plai­sait. Tout y sem­blait cen­tré sur les acti­vi­tés essen­tielles de la vie : s’approvisionner en eau potable que l’on fai­sait venir du conti­nent par bateau spé­cial et dont la dis­tri­bu­tion était tout un art, s’assurer que le petit pota­ger pro­duise à pro­fu­sion les légumes dont on ven­dra le sur­plus au mar­ché du port, sur­veiller l’arrivée des pécheurs pour négo­cier direc­te­ment avec eux ce que l’on pou­vait sous­traire de leur livrai­son sys­té­ma­ti­que­ment réser­vée par avance aux res­tau­ra­teurs. Sur les quais, les pay­sans venaient pro­po­ser les seuls pro­duits culti­vés depuis tou­jours sur l’île, le rai­sin, la prune, l’olive et l’aubergine. Pour tout le reste, une petite échoppe sur le port, creu­sée dans la roche depuis des siècles, lais­sait espé­rer pou­voir trou­ver le peu qu’on dési­rait encore, tabac, huile, beurre, sucre, café, conserves diverses, mais aucuns jour­naux. De temps à autre, selon les jours, le conduc­teur d’une petite camion­nette d’un autre âge klaxon­nait indi­quant qu’une livrai­son de viande était dis­po­nible. C’était tout et cela occu­pait les jour­nées entières, avec bien sûr les longs séjours à l’ombre de la ton­nelle des quelques bars où l’on se regar­dait sans trop parler.

Paul aimait ces temps de repos loin de la foule et des com­plexes de vacances orga­ni­sées. C’était seule­ment près des gens simples et proches de la nature qu’il pou­vait enfin se détendre et accep­ter de relâ­cher la vigi­lance inté­rieure qui sinon le main­te­nait mal­gré lui tou­jours en ten­sion. Et il s’étonnait avec une pointe d’humour de ces immenses ras­sem­ble­ments de ses contem­po­rains, qu’il voyait se pré­ci­pi­ter à dates fixes, tous ensemble aux mêmes endroits arti­fi­ciel­le­ment conçus pour accueillir ces migra­tions d’un genre nou­veau mais qui sem­blaient désor­mais bien ins­crites dans le fonc­tion­ne­ment même de nos socié­tés. Il savait qu’il serait bien inca­pable de se repo­ser dans de telles condi­tions et se deman­dait donc si le repos était bien ce que recher­chaient ces gens. Il pres­sen­tait au contraire que nombre d’entre eux devaient ren­trer chez eux encore plus fati­gués qu’avant leur départ. Un mot reve­nait sou­vent pour expri­mer le but recher­ché : “ s’éclater ”. Lui cher­chait plu­tôt à se recons­ti­tuer. Mais jus­te­ment la vie qu’il avait choi­sie l’exposait sans cesse à l ’ “ écla­te­ment ” ce qui évi­dem­ment chan­geait les pers­pec­tives. C’est seule­ment main­te­nant qu’il mesu­rait l’ampleur des consé­quences des choix de vie qui avaient tou­jours été les siens des années durant et qui tou­jours l’avait ame­né à s’exposer, à tout remettre régu­liè­re­ment en ques­tion, ou tout était tou­jours à rebâ­tir. Mais après tant d’épreuves tra­ver­sées, avec suc­cès mais aus­si dans l’échec, il avait appris à maî­tri­ser l’angoisse que fai­sait imman­qua­ble­ment naitre en lui la pers­pec­tive de ces per­pé­tuels com­bats. Désormais il savait bien que les routes qu’il choi­sis­sait étaient de toutes façons par­se­mées d’écueils et qu’il allait lui fal­loir essayer d’éviter ceux-ci, tel un navi­ga­teur dans la nuit qui ne dis­po­se­rait pas de bonnes cartes. Mais com­bien d’autres avant lui avaient dû accep­ter ces risques ! Et au fond de lui il savait que c’étaient ceux-là, et uni­que­ment ceux-là, qui avaient ouvert de nou­velles voies, qui avaient décou­vert de nou­veaux hori­zons et qui avaient été ain­si à la fois utiles aux autres et qui s’étaient réa­li­sés eux-mêmes, qui s’étaient “ écla­tés ”. Au fond, le cou­rage était là, dans l’acceptation des risques inhé­rents à toute action humaine. Tant qu’il en aurait la force, il essaye­rait tou­jours d’aller au bout de ce qu’il res­sen­tait. Peut-être que ce que cer­tains qua­li­fiaient chez lui de folie n’était autre que sa sagesse d’assumer sa vie avec la part d’inquiétante incer­ti­tude que celle-ci impli­quait inéluctablement.

C’est ain­si qu’il avait fina­le­ment appa­reillé pour recher­cher la soeur d’Hannu et le fils de celle-ci et qu’il se retrou­vait main­te­nant à faire route de retour avec l’enfant seule­ment. La navi­ga­tion ne lui lais­sait guère de temps pour médi­ter sur le sens de ce qui venait de s’accomplir. Jusqu’à la Ville, il vou­lait tra­cer droit. Hors de tout dan­ger et par vent por­tant, il res­tait quand même concen­tré. La part de mys­tère qui accom­pa­gnait cet enfant lui impo­sait une sorte de rete­nue tein­tée de res­pect. Comme s’il était confron­té à une énigme dont la dimen­sion tra­gique l’oppresserait. Il avait accom­pli sa mis­sion mais, ain­si qu’il lui arri­vait bien sou­vent, la réa­li­sa­tion de celle-ci avait pris une forme impré­vue, et son dénoue­ment posait plus de pro­blèmes qu’il n’en réglait. En atten­dant d’y voir plus clair, la vie avec l’enfant était en elle-même une source de bon­heur qu’il goû­tait en connais­seur. Le gamin avait vite com­pris le rythme du bateau. Et imman­qua­ble­ment il allait se lover à la base de la grand-voile, le long de la baume, comme dans un hamac. Ou alors il s’asseyait à cali­four­chon sur l’étrave, les jambes bal­lantes au-dessus de l’écume. Le plus sou­vent il som­no­lait à l’ombre d’une voile. Mais par-dessus tout il aimait regar­der Paul accom­plir les gestes de base de conduite du navire. La barre franche l’avait tout de suite fas­ci­né. Assis à côté de Paul, il accom­pa­gna d’abord celui-ci dans ses mou­ve­ments. Peu à peu Paul reti­ra sa main et lais­sa l’enfant sen­tir seul le jeu des forces qui s’établissaient entre le vent, les vagues, la quille et la barre elle-même. Comme il l’avait appris, il y a bien long­temps, il lais­sait l’enfant per­ce­voir et anti­ci­per les mou­ve­ments du bateau avec ses mains, ses pieds et ses fesses. Cela était de toute façon bien plus effi­cace que les mots. Surtout lorsque maître et élève ne par­laient pas la même langue. Paul se rap­pe­lait les dif­fi­cul­tés qu’il avait eu à expli­quer ces choses simples à ses propres enfants. En fait il n’y était jamais arri­vé et ce qu’ils avaient appris, ils le devaient à d’autres que lui. Et pour­tant il avait insis­té, bien sur il s’était éner­vé et bien sûr ils s’étaient refer­més sur eux-mêmes, refu­sant de com­prendre quoi que ce soit. Les mots pou­vaient donc être des pièges. Mais à l’époque Paul l’ignorait, il pen­sait bien faire et n’avait fait que des dégâts. D’une manière géné­rale, il s’en vou­lait tou­jours d’avoir été sévère, mais avec le temps il avait bien fal­lu accep­ter de por­ter en soi des regrets que rien ne pour­rait effa­cer. Et puis ses enfants étaient eux-mêmes deve­nus des adultes et l’amour qui les liait lui lais­sait espé­rer que ses cha­grins pou­vaient être sur­mon­tés. Cela fai­sait par­tie de lui, de son his­toire et il valait mieux l’accepter comme elle était, avec ses ombres et ses lumières. Naturellement il était por­té à revivre sans cesse les ombres. Mais la femme qu’il aimait lui avait peu à peu appris à voir aus­si les lumières et donc à s’apaiser. C’est ain­si qu’il avait pu se recons­truire inté­rieu­re­ment et lais­ser remon­ter en lui le goût de l’aventure et de la création.

Aujourd’hui il était heu­reux de rame­ner cet enfant à son ami.

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