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Les Noirs au supermarché de la Piazza Marina

par | 1 avril 2009 | Palerme, Récits

C’est same­di, jour d’affluence. Et c’est aus­si la pre­mière fois que je viens faire mes courses, en voi­sin du Palazzo D’Antoni. Je me perds avec plai­sir dans les rayons à décou­vrir les pro­duits connus cachés sous de nou­velles marques ou des déno­mi­na­tions incon­nues. Et puis la sor­tie vers les caisses. Trois seule­ment sont en ser­vice. Il y a donc plu­sieurs per­sonnes avant moi et j’ai le temps d’observer. Après les caisses, des hommes noirs. Plutôt beaux et rieurs. Ils se parlent entre eux dans leur langue qui me ren­voie à l’Afrique, mon enfance. Décontractés. L’un d’eux est un grand bon­homme avec une bonne bouille. Sur sa tête une cas­quette sur laquelle est écrit en gros « ITALIA » avec le dra­peau tri­co­lore ita­lien à coté. Son t-
shirt est déco­ré d’une magni­fique carte d’Italie avec les mêmes trois cou­leurs.
Ah mon frère, tu crois les ama­douer ain­si les blancs ! En les pre­nant à revers avec leur propre natio­na­lisme que tu leur ren­voies comme un bou­clier, comme un reflet, en en fai­sant plus qu’eux ? Pourquoi pas. Je m’amuse de ton stra­ta­gème et te sou­haite bonne chance. Et puis je per­çois qu’en fait ces noirs sont au bout de chaque caisse, là où arrivent les pro­duits après que le cais­sier les ait enre­gis­trés. Ils mettent chaque pro­duit dans les petits sacs en plas­tic du maga­sin. Bon, je com­prends : c’est un petit bou­lot. Employés par le super­mar­ché pour aider la clien­tèle ? Peut être. J’ai vu ca aux Etats Unis. Ici, ca m’étonnerait. Je pense plu­tôt que la direc­tion du super­mar­ché les laisse ren­trer pour exer­cer cette fonc­tion, à eux de se débrouiller pour être rému­né­rés. De fait j’observe que les clients avant moi leur glissent une pièce dans la main d’un geste imper­cep­tible.
Je me demande ce que je vais faire. Bien sur ils ont d’emblée ma sym­pa­thie. Je véri­fie donc ma mon­naie. Et puis arrive mon tour et le cais­sier enre­gistre mes achats. Mais je n’ai pas besoin de petits sacs en plas­tic puisque j’ai mon cabas. Voilà mon bon­homme pri­vé de son outil de tra­vail. Comment faire ? Et puis quand même il faut bien qu’il y ait accord, fut-il tacite, pour qu’il touche mes affaires. Mais ici en Sicile la com­mu­ni­ca­tion tacite est une oeuvre d’art, une seconde nature. Je me mets donc dans la peau du per­son­nage qui doit être le mien aux yeux de cet étran­ger. En le regar­dant rapi­de­ment dans les yeux, je lui tends mon cabas. Pas un mot. Il exé­cute sa tache. Au der­nier moment je lui glisse ma pièce dans la main. M’a‑t-il remer­cié ? Je ne me rap­pelle pas. Mais en par­tant, alors rede­ve­nu décon­trac­té, il me parle : « ciao ».

Salut fra­tel­lo.

Peut-être te retrouverai-je à « la messe en fran­çais » de la bien nom­mée église dei Miracoli, juste à coté. Pour venir de ton vil­lage jusqu’ici, il en fal­lu des miracles.

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