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Un beau dimanche de printemps

par | 28 mars 2012 | Récits

La météo nous avait annon­cé un temps magni­fique. Pourtant la jour­née avait mal com­men­cé. Nous pas­sions à l’heure d’été. En soi rien de bien grave, sauf comme chaque année, une pen­sée pour Giscard qui dans son élan réfor­ma­teur avait réta­bli ain­si il y a bien­tôt trente ans l’heure de Vichy, celle de sa jeu­nesse, ce qui me par­lait de ce per­son­nage ambigüe. Mais il parait que c’était aus­si pour des rai­sons éco­lo­giques que je n’avais jamais vrai­ment com­prises, les argu­ments pour et contre me parais­sant s’équilibrer. Un rap­port par­le­men­taire avait d’ailleurs conclu à l’inutilité de ce sys­tème qui désor­ga­ni­sait le rythme de la traite des vaches. Surtout je n’aimais pas voir les belles soi­rées d’été ampu­tées par un horaire arti­fi­ciel. Les bri­tan­niques qui vivent men­ta­le­ment plus près de la mer n’avaient jamais cédé à cette mode ter­rienne, conti­nen­tale. Mais ce chan­ge­ment était tech­ni­que­ment désa­gréable en cas de dépla­ce­ment le jour où il s’opérait. Quel était l’horaire du départ et celui de l’arrivée ? Cela me lais­sait tou­jours dubitatif.

Là je devais accom­pa­gner un ami à la « mise en bière » de son père décé­dé deux jours plus tôt à l’hôpital. Rendez vous à 10 heures rue Testagnière, entre la rue d’Algerisas et celle de l’Orient. Ces noms de rues me plai­saient. Ils réson­naient en moi comme le sym­bole des his­toires mul­tiples de ma ville. Le same­di soir il fal­lait donc régler le réveil. Mais sur quelle heure ? La per­plexi­té était ampli­fiée du fait des deux heures à pré­voir, celle du réveil et celle de l’alarme que je vou­lais entendre à 8h. Si j’avançais l’heure du réveil, celle de l’alarme res­tait celle que je vou­lais, 8h. Mais si je n’avançais pas l’heure du réveil, il me fal­lait avan­cer celle de l’alarme. Ou la recu­ler ? Bon autant avan­cer l’heure du réveil et faire son­ner l’alarme à l’heure vou­lue. Ah mais c’était impos­sible car cet appa­reil intel­li­gent était réglé à dis­tance par un fais­ceau de 3000 kilo­mètres de rayon autour d’une ville du Texas ! La colère com­men­çait à poindre en moi. Ou alors, disait la notice, un rayon de 1500 kilo­mètres autour de Francfort. Là, ca y est, je me sen­tais agres­sé. J’avais tort, je le savais. C’était for­mi­dable cette tech­no­lo­gie. Mais elle me dépas­sait, m’écrasait. Autant lais­ser tout ca et reprendre un bon vieux réveil d’autrefois, avec son tic-tac. Je n’en avais plus. Je pen­sais donc à mon télé­phone cel­lu­laire. Je le réglais à l’heure d’été (avance d’une heure) et met­tais l’alarme à 8h. Et je met­tais à coté ma montre Swatch que je lais­sais à l’heure d’hiver, his­toire de gar­der une réfé­rence. Et j’arrivais à m’endormir mal­gré tout le stress que ces mani­pu­la­tions génèrent inévitablement.

C’est Jacqueline qui me réveilla et je com­pris en plein sur­saut que le réveil son­nait ! J’avais oublié de cou­per l’alarme hier soir. J’étais furieux de bon matin. 6h indi­quait ma Swatch. Soit 7h d’aujourd’hui. Il me res­tait donc une heure à dor­mir, que j’occupais à mau­dire la dimi­nu­tion iné­luc­table et crois­sante du nombre de mes neu­rones. Mais j’essayais aus­si de com­prendre com­ment mon réglage d’hier soir avait débou­ché sur une son­ne­rie à cette heure là. Cela me rame­nait à mon enfance, au cancre que j’avais été pen­dant des années, ne com­pre­nant rien aux pro­blèmes de robi­net, ni à grand-chose de l’école d’ailleurs, au grand déses­poir de mes parents et des ensei­gnants. Ma nul­li­té me pour­sui­vait. Elle se rap­pe­lait à mon bon souvenir.

Bref, un peu avant 8 heures je me levais et com­pre­nais alors que ce n’était pas le réveil qui avait son­né mais le cel­lu­laire dont j’avais avan­cé l’heure mais qui lui aus­si avait été réglé auto­ma­ti­que­ment à dis­tance. Et donc avait été avan­cé deux fois. Je voyais là l’illustration de ma haine de cette mai­trise tech­no­lo­gique qui nous rend tel­le­ment dépen­dants et donc plus faibles. L’ordinateur aus­si était réglé à dis­tance. Mais pas le ther­mo­stat des radia­teurs, ni l’horloge de la voi­ture. Bref, une insé­cu­ri­té totale, angois­sante. Un des bien­faits de l’avancée en âge est une toute rela­tive mai­trise de sa colère. Ne pas en rajou­ter. Respirer. Essayez de sau­ver ce qui peut l’être. Ulysse et pas Achille. Toujours ces deux là qui me servent désor­mais si sou­vent de repères anta­go­nistes et entre les­quels je navigue au mieux.

Inutile d’écouter les infor­ma­tions satu­rées des évé­ne­ments de Toulouse, des com­men­taires creux à pro­pos des meurtres com­mis par Mohamed Merah. En route pour le « dépo­si­toire », quel mot bizarre. Ah mais c’était sans comp­ter avec l’organisation ce jour là du mara­thon. Là encore, en soi, rien de bien com­pli­qué. Mais dans ma ville à la dérive, cela signi­fie aucune signa­lé­tique, aucune dévia­tion. Nous voi­là donc arri­vés sur le Prado, avec inter­dic­tion de le tra­ver­ser et impos­si­bi­li­té de faire machine arrière. Pour com­bien de temps ? « Depuis », comme on s’entend répondre en Afrique noire. Envie de ren­trer chez moi, de refu­ser cette situa­tion humi­liante, de ne pas jouer le jeu, c’est-à-dire de s’en accom­mo­der. « J’en ai assez ». Pourtant, encore une fois, res­pi­rer, ne pas en rajou­ter. Et nous voi­là rue Testagnière.

Là, il était clair que les choses se pas­saient de manière étrange. Mais n’étant fami­lier ni du lieu ni des rites, je me lais­sais enva­hir par ce que je voyais, sans appré­hen­sion, sans pré­ju­gé, en essayant de décryp­ter au fur et à mesure, quitte à modi­fier l’interprétation de ce que je voyais. Tahar et Farida nous accueillirent, tou­jours gen­tils et avec leur élé­gance natu­relle. Un autre couple d’amis. Comment les qua­li­fier, « fran­çais », « blancs », « chré­tiens », « non musul­mans », « euro­péens », com­ment dire des choses simples quand tous les mots sont por­teurs de leur poids d’histoire, plus ou moins exacte, par­fois tota­le­ment fausse et tou­jours mani­pu­lée. Et déjà cela m’agace. Une bonne nou­velle pour com­men­cer, Lofti serait en retard car il avait oublié le chan­ge­ment d’heure. Peut-
être qu’arrivant à peine de Tunis, il n’en avait même pas été infor­mé. Ma sym­pa­thie pour lui s’en trou­vait natu­rel­le­ment aug­men­tée. Lui avait été plus sage que moi et ne s’était pas embar­ras­sé de mes misé­rables cal­culs. Mais quand même cette bonne nou­velle ne m’empêcha pas de consta­ter que par­mi les per­sonnes pré­sentes, la grande majo­ri­té est for­mée d’hommes, avec des barbes énormes, la tête coif­fée du petit bon­net de prière, vêtus de longue robes sales ou de pan­ta­lons à mi-mollets, avec l’écorchure sur le haut du front, signe osten­ta­toire de frot­te­ment assi­du du tapis de prière cinq fois par jour. Au Caire on m’avait expli­qué que beau­coup, pour aller plus vite dans la démons­tra­tion de leur foi, se fai­saient eux-mêmes des sca­ri­fi­ca­tions, les plus for­tu­nés ayant recours à un chi­rur­gien. Je les déteste où qu’ils soient. Mais je sais gar­der mes sen­ti­ments pour moi. Je me rap­pe­lais Tahar et Mahmoud avec les­quels je tra­ver­sais Bab el Oued en pleine période de guerre civile, Bab el Oued contrô­lé tota­le­ment par les « bar­bus », les « musul­mans radi­caux », les « fous de Dieu », les « fous » tout court, les « cin­glés », encore cette dif­fi­cul­té de dire les choses. Eux deux pas­saient leur temps à dési­gner ces gens en les insul­tant. Certes ils étaient pro­té­gés à l’intérieur de la voi­ture bana­li­sée que nous uti­li­sions, loin des grosses cylin­drées de l’ambassade qui nous auraient immé­dia­te­ment signa­lé aux tueurs. Mais quand même, ca me fai­sait peur et je me tas­sais sur le siège arrière en les sup­pliant de la fermer.

Là, je ne sais pour­quoi, je le vivais dif­fé­rem­ment et je me lais­sais impré­gner par cet envi­ron­ne­ment sans m’en pro­té­ger, sans rejet ni défiance. En fait je ne savais pas grand-chose. Le défunt, Ali, était un musul­man. Enfin, il était de culture musul­mane, sa foi je l’ignorais. Peut être ces gens étaient ses amis venus lui adres­ser un der­nier adieu. Et cette ami­tié nous était com­mune, nous rap­pro­chait, eux et moi. Et peut être aus­si que leurs habits étaient ceux de la cou­tume pour un deuil. Oui c’était sans doute cela. Des amis d’Ali, venus pour un der­nier hom­mage et ayant fait l’effort de s’habiller selon la cou­tume. A Jacqueline qui s’inquiétait elle aus­si et qui l’interrogeait, Farida répon­dait que c’étaient « des musul­mans, comme nous ». Bon, je res­tais calme et atten­tif et me diri­geait vers la petite salle sur la porte de laquelle était posé un pan­neau « culte musul­man ». A coté une autre salle avec un pan­neau « culte israé­lite ». Et les autres cultes, et les athées ? Je ne sais pas. Dans la salle, trois quatre per­sonnes assises sur un ban le long du mur. A droite de l’entrée, proche du mur, un cer­cueil posé sur deux tré­teaux. Sans cou­vercle, le corps enve­lop­pé de linges mais le visage décou­vert. Un beau drap vert bro­dé posé sur le cer­cueil. Sur le mur un cadre avec des grandes lettres arabes. En des­sous la tra­duc­tion. « Toute âme doit gou­ter la mort. Sourate les Prophètes ver­set 25 ». Je m’avançais et regar­dais ce visage. Et puis quoi faire ? Comment témoi­gner de mon res­pect. Bon, moi ce que je connais­sais, et ca me plai­sait de le faire en cette cir­cons­tance, je réci­tais dans ma tête une prière chré­tienne, le Notre Père, qui sert à tous les usages. Pour mon père proche de la mort, je l’avais réci­té plu­sieurs fois. Alors pour ce vieux mon­sieur que j’aimais bien, intel­li­gent et mali­cieux, oui, je lui offrais à lui aus­si cette belle prière. Et puis je conti­nuais avec le « je vous salue Marie » parce qu’il évoque « l’heure de notre mort ». Et je m’asseyais sur le ban. A coté de moi, deux bar­bus en grande conver­sa­tion. Ils me regar­dèrent sans hos­ti­li­té, au contraire.

Bref, j’étais bien et me lais­sait aller à la médi­ta­tion. Puis Lotfi arri­va. Je me tins der­rière lui pen­dant qu’il regar­dait son père. Les gens ren­traient, se recueillaient et res­sor­taient dans le silence. Moi aus­si je sor­tis. Un grand bar­bu cos­taud me remer­cia. Dans la cour il y avait main­te­nant plus de monde. Mais tou­jours une majo­ri­té de bar­bus en tenue. Des mala­bars. Plus grands et plus gros que moi. Mais aus­si le consul géné­ral d’Algérie, grand éra­di­ca­teur lorsque la guerre civile algé­rienne s’était déclen­chée. Tout ce monde coha­bi­tait là. Je ne pen­sais rien, je n’interprétais pas, je regar­dais plei­ne­ment. J’échangeais quelques mots ano­dins avec les amis, au milieu de la foule nom­breuse, et je com­pris que quelque chose allait se pas­ser dans dix minutes, avec un imam. Comme je savais la salle petite, j’y retour­nais pour être bien pla­cé. Et de fait arri­va bien­tôt un petit homme habillé de sa tunique. Il se pla­ça der­rière le cer­cueil, une main posé sur celui-ci, face aux gens qui ren­traient der­rière lui, sous le cadre de la sou­rate. Nous étions donc là ras­sem­blés. Presque que des hommes, mais aus­si quelques femmes dont Farida. Au centre du pre­mier rang, Lotfi. J’étais juste der­rière lui. Mais les bar­bus s’étaient eux aus­si bien posi­tion­nés, regrou­pés à ma gauche, mais tel­le­ment nom­breux que très vite cer­tains allèrent se mettre der­rière le cer­cueil, aux cotés de l’imam. Celui-ci recou­vrit le défunt en tirant sur lui le beau drap vert bro­dé. Et il com­men­ça son prêche. Il par­lait en arabe, mais fai­sait lui-même une rapide tra­duc­tion en fran­çais. Soit il savait que les arabes de France ne parlent pas tous le fran­çais, soit il tra­dui­sait pour des gens comme moi. Mais dans la salle, je devais être le seul « euro­péen ». Peut être pour les deux rai­sons. Et moi je trou­vais ca bien. De temps en temps il citait le nom de pro­phète et toute l’assemblée disait quelque chose. Je sup­pose « loué soit son nom », ou quelque chose comme ca.

J’aimais ce qu’il disait. Simple, facile à com­prendre. Pas de grands mots sen­ten­cieux. J’aimais aus­si sa ges­tuelle, carac­té­ris­tique des arabes, les mains expres­sives, jusque dans la finesse du jeu des doigts. Et puis les mots, les images d’un autre temps. Celui du pro­phète (« loué soit son nom ») qui « était entou­ré de mil­liar­daires ». L’imam illus­trait ses pro­pos en réfé­rence à une civi­li­sa­tion de mar­chands, intel­li­gents et for­tu­nés. « La vie ? C’est comme un mar­ché. On ins­talle ses pro­duits le matin, on fait tout pour que la vente soit bonne, et le soir on fait les comptes. Certains ont gagné, d’autres pas ». Il revint à plu­sieurs reprises sur les « mil­liar­daires », ceux qui ont réus­si, et qui servent bien le pro­phète (« loué soit son nom »). Le chris­tia­nisme aurait balayé ça avec « il est plus dif­fi­cile à un riche d’entrer au para­dis qu’à un cha­meau de pas­ser par le trou d’une aiguille ». Mais je le savais que les reli­gions sont d’abord por­teuses de civi­li­sa­tion, de valeurs. De tout un ensemble com­plexe qui défi­nit fina­le­ment une culture, même quand la reli­gion est oubliée. Et puis l’imam dit que le défunt le rem­pla­çait par­fois à la mos­quée de Font Vert. Ali avait donc été un musul­man pra­ti­quant, impli­qué dans sa com­mu­nau­té. Cela me confor­tait dans l’idée que tous les bar­bus pré­sents avaient dû le connaitre dans ses acti­vi­tés reli­gieuses. Nous étions bien là, ras­sem­blés silen­cieux autour d’Ali, écou­tant cet imam sym­pa­thique. La proxi­mi­té du corps. La sim­pli­ci­té de cette salle dépouillée. Et nous, debout, cote à cote, épaule contre épaule. Oui, cela était grave et cha­leu­reux. De la digni­té, de l’humanité. J’étais bien. Et puis ils com­men­cèrent une prière que tous réci­tèrent d’une même voix. Moi évi­de­ment je res­tais silen­cieux. Parce que je ne la connais­sais pas. Sinon, je l’aurais réci­tée avec eux, avec plai­sir. Mais j’ai quand même mis mes mains comme eux, en offrande. Et à la fin, comme eux, j’ai pas­sé mes mains sur mon visage. Oui c’était bien.

C’est alors que l’incident se pro­dui­sit. Bref et violent. Le prêche était ter­mi­né. La prière aus­si. Mais un bar­bu deman­da tran­quille­ment quelque chose en arabe à l’imam. Celui-ci me paru gêné tout à coup. Rapetissé, se tas­sant comme moi dans l’arrière de la voi­ture tra­ver­sant Bab el Oued. Et Lotfi s’avança, avec sa gen­tillesse habi­tuelle, sans éle­ver la voix. Il dit quelque chose en arabe puis conti­nua en fran­çais. « Pour aujourd’hui, on en reste là. La suite on la fera au bled. C’était sa volon­té ». Ces der­niers mots accom­pa­gnés d’un geste déli­cat de la main et des doigts. Voila ce serait comme ca et pas autre­ment. Comme ca quoi ? Et pas autre­ment de quoi ? C’étaient pour moi des mys­tères, mais j’avais com­pris que c’était joué là devant moi en quelques secondes, une par­tie qui me dépas­sait. L’imam était res­té silen­cieux. On com­pre­nait qu’il était dépas­sé. Le coup de poker des bar­bus avait échoué par la seule atti­tude de Lofti. Fils du défunt, sa parole était légi­time. Passer outre aurait été périlleux. Les non-barbus se seraient sen­tis auto­ri­sés à pro­tes­ter. Et nous étions devant un cer­cueil. De plus Lotfi ne les avait pas agres­sés. Il avait seule­ment ren­voyé la suite à plus tard. Personne n’avait per­du la face. On pou­vait donc se sépa­rer dans le calme. Je deman­dais immé­dia­te­ment à Lotfi et à Tahar ce qui s’était pas­sé. Lotfi me dit sim­ple­ment qu’ « ils » avaient vou­lu que l’un d’entre eux récite une autre prière. Mais Tahar me pré­ci­sa. « Ils ont leurs prières à eux. Ce sont presque les mêmes. Si tu ne fais pas atten­tion, ce sont les mêmes. Mais ils rajoutent un petit mot par ci par là. Ils font pas­ser un mes­sage. Ils rap­pellent qu’ici ce n’est pas chez nous. Et ain­si ils s’imposent tran­quille­ment. Encore là il y a avait un imam. Mais bien sou­vent il n’y a per­sonne qui connaisse les prières. Alors ils rendent ser­vice à la famille éplo­rée ». Peu à peu je recons­ti­tuais le film. Ces bar­bus, per­sonne de la famille et des amis d’Ali ne les connais­sait. Ils lisaient les annonces de décès dans les jour­naux et venaient, sur­tout un dimanche, aux obsèques. Ils s’imposaient.

Je sen­tais ma colère mon­ter. Je pense qu’aux obsèques de mon père, j’aurai viré des gens qui se seraient ain­si invi­tés pour faire du pro­sé­ly­tisme. Mais là, je com­pre­nais la poro­si­té entre musul­mans. D’emblée eux s’étaient recon­nus. Et per­sonne n’avait pro­tes­té. Si Lotfi n’avait pas cou­ra­geu­se­ment mis une digue avec ses quelques mots, les radi­caux auraient mar­qué le point. Tahar et Farida racon­tèrent alors que leurs fils avaient ain­si été contac­tés par des bar­bus sur la Canebière « pour prendre le thé ». Les gar­çons avaient le soir même été clai­re­ment mis en garde par les parents. Mais com­bien de jeunes sont sans parents. Ou plu­tôt sans pères, sans l’autorité pater­nelle. La célèbre « allo­ca­tion de parents iso­lés » qui explose dans les « quar­tiers », elle n’est jamais ver­sée à un homme. Jamais. Mais de cela il ne faut pas par­ler. C’est vilain. Politiquement incor­rect. Et pour­tant voi­là le résul­tat, sous nos yeux.

Le même jour, au même moment des mil­liers de sala­fistes empê­chaient vio­lem­ment une belle mani­fes­ta­tion théâ­trale en plein centre de Tunis. La police les lais­sa faire. Olfa Ben Achour dif­fu­sa un com­mu­ni­qué, un appel à l’aide. « La Tunisie a besoin que nous soyons soli­daires, que nous l’ai­dions à défendre la liber­té d’ex­pres­sion, la liber­té d’exis­ter dans la dif­fé­rence. Merci à tous ». Anissa Daoud écri­vait « Chers Amis, Je vous invite à prendre le temps de lire le récit de cette jour­née noire pour la citoyen­ne­té et la démo­cra­tie en Tunisie et à le dif­fu­ser le plus lar­ge­ment pos­sible à vos contacts et à la presse natio­nale et inter­na­tio­nale. Aujourd’hui c’est nous demain ce sera vous. »

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