Humeurs

Philippe San Marco : Ceux qui “niquent la France” sont l’arbre qui cache la forêt

par | 6 décembre 2025

Article paru sur le site d’in­for­ma­tion GOMET’ le 06/12/2025


Les tra­gé­dies per­ma­nentes qui ensan­glantent Marseille conduisent cer­tains à pro­mou­voir une réponse poli­cière excep­tion­nelle, voire à envoyer l’Armée dans les cités. Cet appel est un constat d’impuissance devant l’échec de tous les efforts faits depuis des années. Il est vrai que la situa­tion est inquié­tante et que plu­sieurs quar­tiers sont dans un pro­ces­sus de déqua­li­fi­ca­tion. Pourtant il est men­son­ger de dire que rien n’a été fait. Des sommes consi­dé­rables y ont été dépen­sées. Si le résul­tat est déce­vant, c’est donc bien qu’il ne s’agît pas seule­ment de moyens finan­ciers, ni de bonne volon­té. Refuser l’évocation d’un appel à l’armée, exige donc de reprendre un par un tous les dis­po­si­tifs publics dont la défaillance est patente.

Reprendre un par un tous les dispositifs publics dont la défaillance est patente

Certes la répres­sion des tra­fics en tous genres relève des ser­vices de police et de la jus­tice de l’État. Ils sont loin d’avoir les résul­tats atten­dus et leur effort doit donc se pour­suivre et s’amplifier. Mais en res­ter là, c’est se cacher der­rière une évi­dence et c’est confondre les consé­quences avec les causes de la situa­tion actuelle. Quelques exemples par­mi beau­coup d’autres de res­pon­sa­bi­li­tés qui ne relèvent pas de la police : l’aide per­son­na­li­sée au loge­ment a conduit à la concen­tra­tion des pauvres, les des­truc­tions mas­sives de grands ensembles ont aggra­vé la crise du loge­ment social, l’échec reten­tis­sant de la réha­bi­li­ta­tion du centre-ville de Marseille a favo­ri­sé le déla­bre­ment de nom­breux immeubles et y a entraî­né la concen­tra­tion de popu­la­tions pré­caires, le fait que des enfants soient en dehors de leur domi­cile la nuit, la ségré­ga­tion et la ghet­toï­sa­tion sco­laires gan­grènent le sys­tème, etc.

L’immense tolé­rance aux petites inci­vi­li­tés crée un espace pour une vio­lence tou­jours plus grande

Rien de tout ceci n’est de la res­pon­sa­bi­li­té de la police. Mais c’est elle qui est confron­tée aux consé­quences de cette chaîne d’échecs. De même c’est l’immense tolé­rance aux petites inci­vi­li­tés qui crée un espace pour une vio­lence tou­jours plus grande.

Aborder fron­ta­le­ment la ques­tion de la sécu­ri­té ne consiste donc pas à se limi­ter à des opé­ra­tions de main­tien de l’ordre ou de « paci­fi­ca­tion » spec­ta­cu­laires. Que la police fasse son tra­vail nor­ma­le­ment en com­men­çant par mettre fin aux zones de non-droit et aux tra­fics en tous genres !

La République par nature est celle de l’inclusion, pas de l’exclusion

Mais par­lons des autres ser­vices publics, celui du loge­ment, de l’éducation et de la for­ma­tion, de la culture, des sports, des trans­ports, de la san­té, etc. La République par nature est celle de l’inclusion, pas de l’exclusion.

Ceux qui veulent s’exclure, et il y en a, ceux qui veulent consom­mer les avan­tages de notre sys­tème social sans en assu­mer la charge, abu­ser des droits en se moquant des devoirs, ceux qui n’adhèrent pas aux valeurs de ce pays et qui « niquent la France », ceux-là, qui sont bien mino­ri­taires, sont l’arbre qui cache la forêt.

Tant qu’ils res­pectent les lois et l’ordre public, tant mieux ou tant pis pour eux. Par contre, aucune déviance ne doit être tolé­rée au nom d’un soi-disant « res­pect » de tra­di­tions étran­gères aux nôtres et par­fois contraires à celles-ci. Quant aux voyous, tous « bien connus des ser­vices de police« , une guerre, oui, une guerre est en cours contre eux. Cette guerre nous n’en ferons pas l’économie, puisqu’ils n’entendent rien et qu’ils sont habi­tués au silence et à la pas­si­vi­té de leur envi­ron­ne­ment, quand ce n’est pas à sa com­pli­ci­té. Elle va être longue, tant ils ont pris leurs aises et tant la réplique d’une socié­té démo­cra­tique est lente. Mais ne nous trom­pons pas de cible, n’agrégeons pas autour d’eux la masse des autres qui aspire au contraire à prendre pai­si­ble­ment toute leur place dans la cité.

Si l’on veut vrai­ment lut­ter contre les formes mul­tiples de stig­ma­ti­sa­tion et d’exclusion, mieux vau­drait donc, ne pas sans arrêt défi­nir les gens par leur reli­gion, la cou­leur de leur peau, leur ori­gine, leur sexua­li­té, leur adresse, etc. Et se limi­ter à ce qu’ils sont, à ce qu’ils font, à leurs talents qu’il faut valo­ri­ser ou à leurs méfaits qu’il faut punir, les leurs, pas ceux de leurs parents ou de leurs voisins.

Dans ce contexte, la pré­sence des res­pon­sables poli­tiques, lors des céré­mo­nies reli­gieuses orga­ni­sées par des cultes est contre­pro­duc­tive, quand elle per­met à cer­tains d’entre eux d’afficher publi­que­ment leur croyance, comme de com­mu­nier lors de messes catho­liques, aux­quelles ils ne sont pré­sents qu’ès qua­li­tés, au pre­mier rang, aux places réser­vées « aux officiels ».

Il ne peut y avoir citoyen­ne­té chez ceux qui se vivent comme les “indi­gènes de la République”.

Contreproductive éga­le­ment, quand ils donnent le sen­ti­ment de ne s’adresser à cer­tains qu’au tra­vers de leur reli­gion, à laquelle ils seraient ain­si assi­gnés, sans qu’on ne leur ait jamais deman­dé leur avis. Personnellement, mal­gré mon patro­nyme, je ne suis jamais cata­lo­gué de « catho­lique » et il ne vient à l’esprit d’aucun élu de s’adresser à moi pour célé­brer publi­que­ment et offi­ciel­le­ment la résur­rec­tion du Christ. Pourquoi cer­tains élus se croient-ils donc un devoir d’avoir un com­por­te­ment de ce type à l’égard d’autres cultes ? Par condes­cen­dance comme « au bon vieux temps des colo­nies » ? Par clien­té­lisme ? En tout cas, ils montrent ain­si qu’ils ne recon­naissent des indi­vi­dus qu’au tra­vers leur appar­te­nance sup­po­sée à un groupe reli­gieux. À l’inverse l’affirmation visible de sa reli­gion devient bien sou­vent la réponse au sen­ti­ment d’exclusion car il ne peut y avoir citoyen­ne­té ou civisme chez ceux qui se vivent comme les « indi­gènes de la République ».

Le fait que la vio­lence dans les rap­ports sociaux fasse par­tie de l’éducation de cer­tains va-t-il néces­si­ter que la police soit par­tout pré­sente, jour et nuit, dans les bureaux de poste, dans les bus, dans les écoles et les col­lèges, dans les hôpi­taux ? Police ou pas, tout peut s’effondrer faute de valeurs com­munes, faute de l’envie de fabri­quer ensemble un ave­nir com­mun pour nos enfants, faute d’aimer la République et ses sym­boles que sont sa devise, l’hymne natio­nal et le dra­peau tricolore.

La France est d’abord et tou­jours une construc­tion politique

La France, c’est une de ses sin­gu­la­ri­tés, n’est pas natu­relle, ni homo­gène, elle ne s’appuie sur aucun socle humain ou ter­ri­to­rial, dont les carac­tères seraient déter­mi­nés et immuables. Elle est d’abord et tou­jours une construc­tion poli­tique. Comment main­te­nir son équi­libre si l’on ne croit pas à cet héri­tage ou si on l’ignore ? Comment tis­ser des liens alors que règne le culte de l’individu ou du groupe devant les­quels il fau­drait se pros­ter­ner au nom d’une concep­tion erro­née et abu­sive du droit à la dif­fé­rence ? Car la mon­tée des iden­ti­tés mino­ri­taires, dès lors qu’elle prend la forme agres­sive de reven­di­ca­tions à des droits spé­ci­fiques à la dif­fé­rence, ne peut que mettre en péril la notion même d’identité natio­nale, celle qui nous unit au-delà de nos ori­gines, de nos croyances et de notre pas­sé. Or l’identité de la France n’est jamais figée et ne peut se réduire à être blanc, catho­lique et ama­teur de cochon.

C’est la confu­sion des valeurs, c’est l’oubli du che­min par­cou­ru pour que ce pays soit ce qu’il est aujourd’hui, qui offrent un espace inédit au retour des obs­cu­ran­tismes et aux clien­té­lismes, qui ne sont pas seule­ment com­mu­nau­taires. Dans cette pers­pec­tive la pour­suite des visites minis­té­rielles à Marseille après chaque meurtre serait une faute poli­tique. Des meurtres, des vio­lences insup­por­tables dans nos écoles, nos hôpi­taux, nos trans­ports en com­mun, ailleurs, il y en aura encore, beau­coup. Penser le contraire c’est ne pas vou­loir com­prendre la réa­li­té de la situa­tion décrite ci-dessus. C’est confondre les causes et les consé­quences des pro­ces­sus en cours.

Seul le réta­blis­se­ment d’un maillage social à peu près conforme aux normes répu­bli­caines per­met­tra à la police d’avoir enfin des résultats

L’œuvre de redres­se­ment qu’exige l’accumulation des dis­cri­mi­na­tions et des ségré­ga­tions est dif­fi­cile. Il s’agit d’un effort de longue haleine qui ne doit pas être remis en cause chaque semaine par la chro­nique répé­ti­tive des faits divers sinistres. La police n’aura pas de résul­tats spec­ta­cu­laires, d’abord parce qu’elle part de très loin et qu’elle a un gros retard à rat­tra­per, mais aus­si parce qu’elle est sub­mer­gée par les consé­quences de défaillances mul­tiples sur les­quelles elle n’a pas prise.

Seul le réta­blis­se­ment d’un maillage social à peu près conforme aux normes répu­bli­caines per­met­tra à la police d’avoir enfin des résultats.

Philippe San Marco
Député hono­raire
Le 6 décembre 2025

Résumé de la politique de confidentialité
logo rgpd

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles. Ces informations restent cependant anonymes, conformément au règlement sur la protection des données.
Voir notre politique de confidentialité

Cookies strictement nécessaires

Cette option doit être activée à tout moment afin que nous puissions enregistrer vos préférences pour les réglages de cookie.

Statistiques anonymes Matomo

Ce site utilise le système de statistiques Matomo, conforme au RGPD (Règlement général sur la protection des données) pour collecter des informations anonymes telles que le nombre de visiteurs du site et les pages les plus populaires. Merci de garder ce cookie activé, car il nous aide à améliorer notre site Web et n'utilise aucune donnée personnelle.