Revue de presse

Recension sur “L’Afrique noire : un rêve français”

2 juillet 2022

Recension rédi­gée par Patrick Forestier de l’Académie des Sciences d’Outre-mer.
Retrouvez l’ar­ticle ori­gi­nal ici.

Enarque, ancien dépu­té PS, pro­fes­seur de géo­po­li­tique et de géo­gra­phie urbaine à l’École nor­male supé­rieure, Philippe San Marco retrace la période colo­niale fran­çaise en Afrique en sui­vant le par­cours de son grand-père mater­nel, Paul Vazeilles, fonc­tion­naire colo­nial pen­dant trente-deux ans dans quatre ter­ri­toires de l’ex Afrique occi­den­tale française.

De 1909 à 1941, il occupe quinze postes en brousse, gra­vis­sant les éche­lons, de com­mis de 4e classe des affaires indi­gènes jusqu’à com­man­dant de cercle. Philippe San Marco nous rap­pelle les longs voyages dan­ge­reux que son ancêtre devait effec­tuer au début du siècle der­nier pour rejoindre, à 2500 kms de Dakar, son poste de Fada N’Gourma, à la limite du « ter­ri­toire mili­taire de Zinder », à cette époque contrô­lée seule­ment par l’armée, et qui devien­dra plus tard le Niger. Ces récits décrivent les anta­go­nismes tra­di­tion­nels entre roi­te­lets et empires de cette vaste région qui se fai­saient déjà la guerre. « Une his­toire qu’il fal­lait mieux connaître » sou­ligne l’auteur. Le pré­dé­ces­seur de Vazeilles, l’administrateur Maubert, 23ans, avait recons­ti­tué le royaume de Gourma depuis ses ori­gines jusqu’au XIe siècle. Des riva­li­tés entre peuples, nomades ou non, qui sont tou­jours pré­sentes aujourd’hui dans la guerre qui oppose les groupes isla­mistes armées au pou­voir cen­tral, et aux forces fran­çaises, impli­quées dans le conflit au Mali avant leur retrait. Si l’islam poli­tique appa­rait sou­vent pour les dji­ha­distes comme un pré­texte dans le conflit qu’ils mènent aujourd’hui aux « trois fron­tières », celles du Burkina Faso, du Niger et du Mali, le récit de Philippe San Marco rap­pelle qu’il y a un siècle son grand- père avait affaire à des troubles similaires.

Son ouvrage, L’Afrique noire, un rêve fran­çais, ne pré­sente pas tou­te­fois un récit seule­ment linéaire des péri­pé­ties de son aïeul, qui donnent des infor­ma­tions de ter­rain ponc­tuées d’anecdotes sur les débor­de­ments des repré­sen­tants de la France aux colo­nies. Leurs agis­se­ments rela­tés par la presse pro­vo­quaient des débats hou­leux, et par­fois leur rap­pel à Paris. L’auteur relate la mis­sion d’inspection confiée à l’officier explo­ra­teur Savorgnan de Brazza, oppo­sée à la vio­lence. Révolté par tant de cruau­té lors de son retour au Congo, Savorgnan de Brazza écri­ra un rap­port, qui fut mis sous le bois­seau, dénon­çant les inté­rêts pri­vés à l’origine de ses graves manquements.

Pour aller davan­tage au fond, Philippe San Marco remet dans son contexte son récit. Il rap­pelle que c’est d’abord par gout de l’aventure, par curio­si­té, par spi­ri­tua­li­té par­fois à l’image du moine-soldat Charles de Foucault, que de jeunes offi­ciers, las­sés par la mono­to­nie de la vie de caserne après la débâcle contre la Prusse par­taient vers l’inconnu. Les grandes thé­ma­tiques his­to­riques ayant trait à la colo­ni­sa­tion sont posées : édu­ca­tion pour for­mer des élites, tra­vaux publics, cor­vées pour trans­por­ter des mar­chan­dises jusqu’à la côte Atlantique, sécu­ri­té pour empê­cher les rez­zous des tri­bus musul­manes afin de cap­tu­rer des esclaves ani­mistes et les emme­ner vers l’Océan Indien pour les vendre, san­té et méde­cine, dont les popu­la­tions ont béné­fi­cié. Au début, ce n’était pas le cas, y com­pris chez les Européens.

En 1878, la fièvre jaune en avait empor­té 685 sur les 1300 qui vivaient au Sénégal. 22 des 28 méde­cins et phar­ma­ciens mili­taires en mou­rurent. Philippe San Marco raconte sans tabou cette période contro­ver­sée. « Soixante ans après l’indépendances de nos colo­nies afri­caines, l’histoire de celles-ci nous revient en forme de boo­me­rang accu­sa­teur écrit-il. Non seule­ment la France devrait s’excuser de ce qu’elle y a fait dans le pas­sé, mais elle devrait aujourd’hui ces­ser de « piller » ces pays au sein des­quels elle pour­sui­vrait une poli­tique néo­co­lo­niale. Des pays dont le sous-développement per­sis­tant, la misère épou­van­table et la cor­rup­tion endé­mique ne seraient que des consé­quences de l’ancienne colo­ni­sa­tion » ajoute l’auteur qui s’alarme de l’écho que trouvent ces idées chez les jeunes des diverses migra­tions afri­caines. « Cela favo­rise chez eux des atti­tudes de repli… et des reven­di­ca­tions iden­ti­taires mino­ri­taires. » Il conclut sa démons­tra­tion en remar­quant que « l‘assimilation et l’intégration sont désor­mais reje­tées comme autant d’outils d’aliénation… »

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